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Fumio Toyoda

par Mark Binder

Aikido Journal #108 (1996)

Traduction française: Ludwig Neveu

Fumio Toyoda Sensei, le chef de file de l’Aikido Association of America, est un gaillard au rire généreux. Son aïkido est rapide, vigoureux, et puissamment direct. Presque tous les week-ends il est sur les routes, sillonnant les Etats-Unis pour animer un stage dans l’un des dojos de l’AAA, qui en compte plus de 120. A chaque étape, quelle que soit la technique qu’il démontre, le 6e dan âgé de 49 ans insiste sur un point en particulier, la transmission d’un aïkido de qualité. Avec le temps, en s’éloignant de leurs fondateurs, les arts martiaux ont tendance à décliner. Fumio Toyoda croit que l’aïkido Ueshiba est un art qui vaut la peine d’être entretenu et amélioré.

Comment en êtes-vous venu à vous investir dans l’aïkido ? Pouvez-vous nous faire une brève autobiographie ?

J’ai commencé l’entraînement d’aïkido étant enfant à Tochigi, au nord de Tokyo. Mon frère aîné y était un élève du dojo de Koichi Tohei Sensei. La famille Tohei vient de la même ville que ma propre famille, c’est ainsi que j’ai conçu une relation avec lui, mon premier professeur.

Etudiiez-vous l’aïkido parce que votre frère vous le disait, ou parce que vous aimiez cela ?

Au début je n’avais nulle part où aller, je devais suivre mon frère [rire bruyant]. Mon intérêt, ma prise de conscience, et la compréhension sont venus après.

Plus tard je suis allé à Tokyo et je me suis inscrit à la faculté de droit de l’université Senshu. C’est à cette période que je suis devenu un jyoju, ou élève résident, au Dojo Ichikukaï de Tokyo. C’est un centre de misogi et de pratique Zen fondé par un élève du célèbre escrimeur et maître Zen de l’ère Meiji Yamaoka Tesshu. J’ai vécu au Dojo Ichikukaï pendant plus de trois ans, tout en continuant mon entraînement d’aïkido à l’Aïkikaï Hombu Dojo. Après avoir obtenu mon diplôme de droit, j’ai choisi l’aïkido comme profession.

Comment avez-vous choisi l’aïkido au lieu du droit ?

Ma famille voulait que je sois instituteur. Il n’y a que des instituteurs du côté de ma mère, et mon père voulait que je revienne dans notre ville d’origine pour être enseignant. En fin de compte c’est ce que j’ai fait. J’ai reçu ma licence de professeur de collège. J’ai tenté l’examen régional pour cet emploi, et j’ai échoué. Mon oncle travaillait à la Commission de l’Education, donc j’étais censé obtenir ce travail facilement, mais une de mes notes n’était pas suffisante. Il voulait que je sois professeur remplaçant pendant un an. Cela ne m’intéressait pas d’être professeur remplaçant, donc [rire] j’ai décidé d’essayer de faire de l’aïkido. C’est comme cela que je suis devenu uchideshi. J’ai été accepté comme le premier uchideshi sous la direction du Doshu Kisshomaru Ueshiba. O Sensei était décédé depuis peu. Les uchideshi n’étaient plus acceptés au Hombu Dojo depuis un certain temps. Après mon installation là-bas, avec l’aide d’Osawa Sensei, le programme a repris jusqu’à aujourd’hui. Durant mon entraînement, j’ai eu la chance de voyager avec le Doshu comme son otomo, ou assistant. Tohei Sensei aussi était rattaché au Hombu Dojo à l’époque, j’ai donc continué à m’entraîner sous sa direction et celle d’autres shihan.

Le droit ne vous intéressait vraiment pas ?

[sourire] C’est une autre histoire. J’avais reçu mon diplôme de la faculté de droit, et je travaillais dans un cabinet l’été. Mais ce travail était bien trop ennuyeux pour moi. Je ne préparais que la paperasse, et ce genre de choses ne m’intéressait pas. En tant qu’étudiant, je n’avais pas vraiment de clients. Au Japon, seulement six ou sept cents étudiants par an peuvent passer l’examen du barreau. En moyenne, il faut aux gens sept ans et demi d’étude après le diplôme universitaire pour passer l’examen. Je n’étais pas assez motivé pour cela.

Pourquoi avez-vous quitté le Hombu Dojo ?

Quand Tohei Sensei a quitté l’Aïkikaï, je l’ai suivi puisqu’il était mon premier sensei. Pendant les années qui ont suivi la mise en place de Ki no Kenkyukai, j’étais l’instructeur de onze dojos au Japon. J’étais l’Instructeur en Chef de l’entraînement d’aïkido pour la Ki Society.

Etes-vous allé aux Etats-Unis avec Tohei Sensei ?

Avec lui ? A proprement parler, non. J’avais été en visite à Seattle pendant plusieurs mois avant sa venue. J’étais censé y être pour apprendre l’anglais, avoir mon permis de conduire, et enseigner. Tohei Sensei est venu ensuite, et nous sommes allés à un stage d’une semaine à Philadelphie. Ensuite j’ai déménagé à Chicago, Illinois, le 19 juin 1974.

A cette époque, j’étais un délégué de l’organisation de Tohei Sensei. M. Nakamoto, qui a mis en place l’organisation, m’a engagé pour faire fonctionner le dojo de la Ki Society à Chicago, et j’ai tout de suite eu du succès. J’ai finalement monté mes propres organisations indépendantes, l’Aikido Association of America, et l’Aikido Association International, qui à elles deux supervisent l’instruction dans plus de 120 dojos en Amérique du Nord et en Europe. Ces organisations sont aujourd’hui affiliées au Centre Mondial de l’Aïkido sous la direction de Kisshomaru Ueshiba.

Qu’est-ce qui vous a conduit à devenir indépendant de la Ki Society ?

Je n’ai pas quitté la Ki Society : j’ai été expulsé. Nous étions en désaccord concernant des questions d’enseignement.

Vous avez été expulsé ? Que s’est-il passé ?

Ce qui s’est passé ? [rire] Je l’ai presque oublié maintenant.

Tohei Sensei m’a envoyé une lettre de renvoi. Je lui ai demandé pourquoi j’avais été renvoyé. Il a dit que j’avais enfreint les règlements. J’ai dit “Oh, d’accord”. C’est moi qui avais écrit les règlements originels quand j’étais au Japon, parce que j’avais étudié le droit.

“Sensei,” ai-je dit,” je suis aux Etats-Unis, pas au Japon. Est-ce que vous avez des règlements internationaux ?” [rire]

Il a répondu “Nooon. Je les rends internationaux, maintenant, Toyoda. Tu es viré !”

Quel était votre infraction initiale ?

Il y avait plusieurs raisons. J’étais dans le Midwest. Je suis allé au Texas pour diriger un stage et cela n’a pas plu a Tohei Sensei, parce que d’autres shihan voulaient y être associés. Je ne devais donc pas y aller. Mais j’étais invité par un ancien de Chicago, donc j’y suis allé quand même, et l’infraction était commise. De plus, je suis allé à Hawaii, pas pour travailler ou quoi que ce soit. Cependant, des haut gradés ont dit “Toyoda Sensei, si vous visitez Hawaii, nous voulons que vous enseigniez”. J’ai dit “Bon, d’accord. Est-ce que vous en avez au moins parlé à Tohei Sensei ?”

Ils ont dit “non, non, ne vous inquiétez pas, vous pouvez enseigner. Vous avez les compétences, vous avez votre gi. Venez nous enseigner quelque chose.”

C’est ce que j’ai fait, et c’est ce qu’il n’a pas apprécié.

Maintenant que vous avez votre propre organisation, que pensez vous des gens qui viennent enseigner sur votre territoire ? Est-ce que cela vous dérange ?

Non, pas du tout. Tout le monde fait la même chose. S’il y a quelqu’un qui vient de l’US Aikido Federation et qu’un de mes élèves me dit “Est-ce que je peux y aller ?”, je lui dis oui, vas-y.

Oui, faites des stages ; oui, allez voir d’autres instructeurs. Je les encourage. Le problème est que si certaines personnes vous reconnaissent comme mon élève, elle vont vous virer. Comme ça, devant tout le monde : “Tu es un élève de Toyoda, dégage d’ici. Tu ne peux pas rester.”

Pourquoi font-ils tant de bruit autour de cela ? C’est pour cela que je n’aime pas ça. Je ne le prends pas pour moi, je vous en parle, c’est tout. C’est une situation très difficile.

Pourquoi les Etats-Unis auraient-ils besoin d’une autre organisation d’aïkido ? Quelle est l’objectif de votre association ?

Les USA ont besoin d’un enseignement de qualité ; cela ne changera jamais. Nous cherchons à le mettre en oeuvre, et à accroître la capacité des instructeurs américains à enseigner au plus haut niveau possible. C’est mon unique raison de vivre dans ce pays et de devenir citoyen des Etats-Unis ; pas simplement pour mon propre profit, mais pour assurer la transmission d’un aïkido de qualité dans ce pays. Notre organisation a une méthodologie et un système d’entraînement qui encourage activement la formation d’instructeurs professionnels à plein temps, qui, je crois, sont cruciaux pour la viabilité de l’aïkido. En bref, il y a une tâche à accomplir, et c’est ce que nous faisons. C’est pourquoi notre association existe.

Comment l’association a-t-elle commencé ?

En 1981, Jon Takagi, le fondateur de l’Aïkikaï d’Arizona à Phoenix, et moi, avons formé une organisation préparatoire, et à cette époque j’étais le plus haut gradé.

L’AAA a été fondée en 1984, donc il a fallu quelques années pour développer ce que vous vouliez ?

Oui.

Que vouliez vous faire différemment ?

A cette époque, en particulier en Californie et sur la côte ouest, il y avait beaucoup de ceintures noires qui n’appartenaient à aucune organisation. La séparation de la Ki Society les avait déçus.

Jon et moi avons eu une réunion en Californie avec plus de 60 ceintures noires. Je pensais que nos idées les intéressaient, ou que les autres organisations d’aïkido les avaient déçus.

C’était au début des années 80. La Ki Society s’était séparée, et les gens de l’aïkido ne savaient pas où aller. Auparavant tout le monde s’adressait au Doshu par l’intermédiaire de Tohei Sensei pour les positions et les grades. Mais, aux Etats-Unis, Tohei Sensei s’était séparée du centre et avait créé la Ki Society, et donc il y avait beaucoup de gens qui ne savaient pas où aller. En particulier sur la côte ouest, qui n’avait pas encore beaucoup de shihan japonais, ils appréciaient leur indépendance. Nous les intéressions, parce que j’étais indépendant aussi.

Parlez nous de cette réunion initiale.

Je les ai laissé parler pendant cinq minutes maximum. Que voulaient-ils ? Quelle était la situation de leur dojo ? A cette réunion tout le monde parla de ses besoins, ainsi que de ce qu’ils ne voulaient pas. Il s’exprima énormément d’émotion. Chaque ceinture noire parla cinq minutes, et là, woosh, deux ou trois heures étaient passées [rires].

Cette réunion n’a pas vraiment mis en place l’association. Ce n’était qu’une réunion. Après j’ai dit : “Oh mon dieu, si 50 ceintures noires parlent à chaque fois, quand pourrons nous passer aux questions administratives ?”. C’était impossible. Alors j’ai réuni certains des plus hauts gradés (sandan, godan, yondan) et nous avons parlé en privé.

Certains ont dit : “Oh, si c’est ce que vous voulez faire, ça ne m’intéresse pas.” D’autres ont dit : “Si vous voulez prendre la tête, d’accord, je vous suis”.

Spécifiquement, que peut offrir votre association à un dojo qui la rejoint ?

Mon organisation est focalisée sur l’importance de l’instructeur d’aïkido

Quand je suis arrivé à Chicago en 1974, j’ai été surpris de voir que les Pages Jaunes contenaient deux douzaines de pages, avec des centaines d’écoles d’arts martiaux qui enseignaient l’aïkido, le karaté, le judo, le kempo, le kung fu, tout.

Je savais qu’ils ne faisaient pas vraiment de l’aïkido, et je n’aimais pas ce genre de publicité. J’ai parlé à certains d’entre eux. Quelqu’un qui n’a pas d’expérience en aïkido ne devrait pas l’enseigner.

“C’est bon”, disaient-ils, “j’ai appris l’aïkido”.

“Combien de temps avez-vous étudié ?”, demandais-je

“Je suis allé à un stage”.

“Combien de jours ?”

“Un stage d’une journée, ça faisait six heures. Mais je connais l’aïkido. Je fais du judo et du karaté, alors je sais ce qu’est l’aïkido.”

Pour moi c’est très frappant. Au Japon nous avons les statuts d’instructeur shidoin et fuku shidoin. Mais dans ce pays, j’ai été surpris par l’ignorance généralisée de ce qui rend quelqu’un digne d’être instructeur d’arts martiaux. Je pense qu’il devrait y avoir un statut ou une qualification par un grade plus élevé, qui dirait que quelqu’un est qualifié pour être instructeur. Il n’y a absolument rien.

En d’autres termes, le public ne sait pas qui est qualifié pour enseigner et qui ne l’est pas. Il semble que dès que vous avez une ceinture noire vous pouvez enseigner.

Votre association essaie de changer cela ?

En 1977, j’ai lancé le premier Stage National annuel pour Instructeurs à Chicago. Nous formons des enseignants à enseigner l’art martial d’aïkido. Nous donnons des grades et des certificats d’enseignement. L’Aikido Association of America fournit un statut et des titres. Nous garantissons que votre club est un club ou un dojo d’aïkido ou pas. Mon comité d’enseignement, et moi-même en tant que shihan, fournissons un soutien organisationnel et pédagogique aux dojos locaux.

C’est une sorte de réseau de contrôle qualité ?

Oui. Avant, j’entrais dans un dojo, et je demandais à l’enseignant : “Pourquoi enseignez-vous l’aïkido ? Où est votre licence ?”. La plupart ne pouvait pas répondre. Aujourd’hui, à Chicago, la plupart de ces dojos n’appellent pas ce qu’ils font de l’aïkido. Ils appellent ça de l’hapkido, maintenant [grand rire]. Certains commencent même à se nommer aïkijujutsu ou aïkijutsu. Ça me pose un petit problème, mais je ne peux rien y faire. Dans la région de Chicago, au moins, les choses ont un peu changé.

L’Aikido Association of America essaie d’aider au mieux les gens. Mon organisation ne cherche pas à restreindre les gens. Notre objectif est de garder l’aïkido en bonne voie.

Aujourd’hui nous sommes sous la supervision du Hombu Dojo, ce que j’avais toujours espéré. Tous mes membres, avec des instructeurs différents, une organisation séparée, mais sous l’égide de l’aïkido Ueshiba. Notre travail consiste à clarifier pour éviter trop de confusion à l’avenir. C’est ma responsabilité.

Comment avez-vous pu progressivement réintégrer le Hombu Dojo et obtenir une totale reconnaissance pour votre organisation ?

Quand je m’entraînais comme uchideshi, et plus tard quand j’étais un jeune instructeur au Hombu Dojo, j’avais des liens privilégiés avec le défunt Osawa Sensei. Il était vraiment dévoué au Doshu et au Hombu Dojo, et se chargeait des jeunes recrues. Quand Tohei Sensei m’a demandé de le suivre pour monter la Ki Society, je me suis senti obligé d’obéir ; pourtant, je sais qu’en faisant cela je décevais profondément Osawa Sensei, qui m’avait exprimé tant de gentillesse et d’encouragements.

Quelques années plus tard, je me suis mis en contact avec lui et lui ai dit mon désir de rejoindre à nouveau l’Aïkikai Hombu Dojo. Il accepta tout de suite ce projet. Avant sa mort, il a fait ce qu’il a pu pour le faire avancer. Bien sûr, le Doshu prenait la décision définitive. Quand cette relation est devenue officielle, j’ai été honoré par le merveilleux accueil que nous avons reçu.

Etablir la relation avec le Hombu Dojo a pris du temps, n’est-ce pas ?

Oui, j’ai attendu environ, officiellement, plus de six ans.

Et puis un jour ils ont dit “d’accord” ?

Ils ont dit “D’accord, c’est bon pour nous.” [rire]

Une des difficultés que vous avez eues en parlant avec nous, et que les aïkidoka ont en général, est de discuter politique. Tout le monde en parle, mais on n’est pas censé en parler.

Mais on en parle quand même.

Nous avons besoin de la politique. Sans elle nous ne pouvons pas intervenir sur la partie affaires. J’ai étudié le droit, je suis au courant. Ceux qui font de la politique et qui créent les lois aident les organisations à grandir et prospérer. C’est le côté positif.

Cependant, l’interprétation des lois est un domaine difficile. Si vous interprétez mal une loi, vous avez échoué et on peut vous mettre en prison. Aux USA vous conduisez à droite, mais au Japon ou en Angleterre c’est de l’autre côté. Quand on entre dans ce pays on doit suivre cette loi. Donc si votre interprétation est fausse, vous avez des ennuis. Mais cela ne veut pas dire que vous êtes une personne mauvaise.

La difficulté n’est pas les règlements ou la politique, mais quand des gens les interprètent de façon différente, quelquefois on en parle comme s’ils étaient les méchants. Ils ne sont pas méchants, ils ont seulement une interprétation fausse. Quelquefois on les corrige, aussi. [rire]

La politique est différente dans les différents domaines. Parlons-nous enseignement ou organisation ? Parfois c’est la même chose, parfois on ne peut pas les séparer. Parfois je suis shihan, parfois je suis sensei, parfois je suis élève, parfois je suis ami. Parfois je regrette que l’on ne puisse pas se soucier que d’entraînement d’aïkido.

En aïkido, la plupart du temps quand on parle de politique il s’agit de l’influence de l’instructeur. Elle est parfois plus forte qu’une loi, parce que l’on ne peut pas changer l’esprit d’un élève. Et certaines personnes mélangent tout. C’est pourquoi il est même difficile de débattre de ce que l’on entend par politique en aïkido.

La pire situation arrive quand un sensei compare son aïkido à celui de quelqu’un d’autre en disant : “Le mien est meilleur”. Bien sûr il ne peut pas vraiment savoir si ce qu’il fait est meilleur, mais s’il le dit publiquement, il est perdant. Je crois qu’il est perdant en tant que personne. Il peut enseigner tout ce en quoi il croit, mais il n’est pas censé parler d’un autre instructeur, quel qu’il soit, comme cela. En tant que sensei, et en tant qu’élève, il se détruit.

C’est dur parfois. Quand vous enseignez, vous mettez l’accent se ce que vous croyez, et vous le présentez à vos élèves. Très bien. Mais si vous parlez de personnes précises ou que vous citez des noms, c’est autre chose. Si vous ne pouvez pas contrôler votre ego, vous perdez la face et vous vous rabaissez.

Au risque de parler de l’aïkido d’autres personnes, vous avez déclaré que vous avez aimé voyager à travers les Etats-Unis. Qu’avez-vous remarqué sur les différences d’aïkido dans les différentes régions des USA ?

En 1974, la côte est était principalement dirigée directement par des shihan japonais, M. Kanai et M. Yamada. En Californie, il n’y avait que M. Chiba. Ceux de la côte ouest étaient principalement influencés par les enseignants hawaïens qui voyageaient là-bas. Il n’y avait pas de supervision de l’entraînement au quotidien par un instructeur japonais. Je pouvais sentir la différence. La côte ouest était plus détendue, comme une simple activité sociale. La côte est était plus traditionnelle, pratiquait le style du Hombu Dojo, très semblable à ce que nous faisons.

Je pense qu’aujourd’hui ça a changé, ça s’est régulé.

Vous diriez que les distinctions entre les deux côtes se sont dissipées depuis ?

Oui, l’apparence, la façon de pratiquer et de faire fonctionner les dojos à l’ouest et à l’est deviennent de plus en plus semblables.

Avez-vous remarqué des différences de styles ?

Oui, mais je ne préfère pas trop me risquer sur ce terrain.

Quand j’enseigne, j’insiste sur mon interprétation de l’aïkido. En fait, je n’insiste pas dessus, mais c’est mon travail, je crois, d’enseigner mon interprétation. D’autres personnes ont leur propre méthodologie. Quand vous êtes situé aux Etats-Unis, vous développez votre propre interprétation et votre expression de l’aïkido. Et vous devriez les développer. C’est toujours l’aïkido Ueshiba, mais il peut être légèrement différent. Avec la personnalité de chaque individu la façon d’enseigner change légèrement. C’est une évolution naturelle de l’instruction.

Quand vous parlez d’expressions individuelles de l’aïkido, je suis curieux de savoir comment vous caractérisez votre propre expression de l’aïkido ?

Si vous suivez mes cours, cela s’éclaircira pour vous [rire]. Si j’insiste verbalement sur mes arguments, dans une interview, les gens pourront dire : “Qui est ce type ? Moi aussi je fais de l’aïkido.” Si vous suivez mes cours, vous verrez.

Y a-t-il un moyen de l’exprimer à des gens qui ne pourraient pas aller à un de vos stages, ou pour les inciter à y aller ?

Ce que nous faisons en aïkido c’est s’harmoniser ; ça me plaît. La coopération mutuelle, et l’entraînement en harmonie. Je pense que l’harmonie est une philosophie extraordinairement significative. Vous l’amenez au dojo et sur le tapis. Nous avons la coopération mutuelle dans notre entraînement.

Mais parfois l’aïkido est un budo, un art martial. Nous disons que nous apprenons un art de défense, mais que nous n’avons pas d’attaque. Dans l’entraînement aux arts martiaux, si vous n’avez pas d’attaque vous ne pouvez pas pratiquer la défense.

Quand nous travaillons avec les débutants, à enseigner les bases, si on attaque à pleine puissance, ils peuvent prendre peur et s’embrouiller. C’est pourquoi en enseignant, nous devons être attentifs à l’harmonie ou à la coopération. Mais, en fin de compte, tant que nous nous entraînons à la défense, nous avons aussi besoin de nous entraîner à une attaque correcte. Je crois que si nous n’avons pas une bonne attaque, nous n’avons pas la précision et la clarté de l’art martial d’origine. Si l’aïkido est supposé être un budo, il est possible à cet art de décliner.

L’attaque correcte est toujours enseignée dans mes stages, et après cela nous appliquons les techniques de projection ou d’immobilisation. Il vous faut aussi développer la qualité d’ukemi. Si vous développez la compétence d’uke, cela signifie que votre art est vrai, vous pouvez avoir la perception, vous pouvez devenir maître des arts de défense.

C’est mon interprétation. Certaines personnes ne sont pas d’accord. Ils disent que les élèves d’aïkido ne sont pas supposés attaquer. Nous devons coopérer, et chuter. Ensuite nous les immobilisons. Pas d’attaques. Cela me surprend parfois que cette sorte de philosophie se soit développée. Si un instructeur n’est pas un enseignant fort, cette sorte de philosophie agit au profit individuel de cet instructeur.

En d’autres termes, si l’instructeur n’est pas assez rigoureux dans son propre aïkido, il ne sera pas capable d’enseigner une attaque rigoureuse ?

C’est exact, et si l’instructeur ne peut pas enseigner d’attaques rigoureuses, ils n’enseigne pas l’aïkido, qui est un budo.

Il y a une façon d’enseigner aux Etats-Unis, où l’enseignant parle d’abord. Il vous dit ce qui va se passer bien avant de le démontrer. En d’autres termes, “Si quelqu’un donne un coup de poing ici, alors saisissez la main”. Il n’est pas unifié avec le mouvement, et vous êtes dans une situation très statique. En plus, il en parle, et il parle, il parle.

Dans une situation d’enseignement traditionnel, un sensei démontre d’abord, sans parler. Uke attaque en conditions de véritable attaque/défense. Cela ne veut pas dire qu’ils essaient de s’entre-tuer, mais il est convenu de donner une attaque puissante, au moins les premières fois pour servir de démonstration. Alors les élèves ont une image de ce qu’ils vont pratiquer. Ensuite on les laisse essayer, y aller. L’enseignant voit les points sur lesquels vous avez du mal, et ensuite l’instructeur apporte ses instructions. Mais elles viennent après l’attaque.

De cette façon traditionnelle, les démonstrations sont presque toujours comme des situations de vie ou de mort. Quand uke attaque, et chute vraiment, nage montre le niveau le plus élevé de la technique. Alors les gens voient : “Oh, c’est comme ça qu’il faut faire”.

Après cela, on peut le montrer à nouveau depuis le début. Mettez votre pied ici, la main là. Voilà, je crois, la meilleure méthode d’enseignement. Mais quelquefois l’inverse est bien aussi. Quelquefois on a besoin de parler.

Je sais qu’il y a une grande différence dans l’approche occidentale de l’enseignement. Au Japon, les instructeurs ne parlent pas. Ils font quelque chose, puis ils s’approchent de moi, ne disent que quelques mots, me touchent ou m’aident, disent autre chose, puis s’en vont. Cela peut être déroutant.

Bien sûr, pour certaines personnes aux USA, enseigner signifie tout écrire au tableau noir [rire].

Vous préférez montrer d’abord, parler ensuite ?

Je montre le geste, le rythme et la vitesse. C’est l’image que l’élève doit développer. C’est la méthodologie d’enseignement que je fournis. Ensuite je peux parler de ce que j’ai montré, et de comment les choses se sont déroulées. Voilà le détail à chaque étape. Si vous pratiquez ceci, vous serez capable d’atteindre ce niveau de technique.

Votre uke ou partenaire devrait aussi être assez bon pour chuter. Si l’enseignant démontre et présente, alors d’un coup l’élève se fait une image. Je pense que c’est plus facile pour avancer, pour atteindre la maîtrise.

Il semble qu’une raison pour laquelle les uke ont peur d’attaquer est que s’ils attaquent fort, il pourraient être projetés fort.

C’est vrai [rire]. C’est pour cela que vous ne voulez pas attaquer fort.

Là encore, la méthode pour enseigner aux débutants est différente. Peut-être parfois on travaillera en statique, immobiles assis ou debout, puis on y va. Ce n’est peut-être pas une mauvaise idée. Il y a différents niveaux pour ce que nous apportons. Parfois quand je dirige une session d’introduction de six semaines, je passe les 15 ou 20 premières minutes à parler. Je leur dis ce que j’enseigne, en quoi consiste cette session de six semaines, ce que signifie l’aïkido, et quels principes je dois évoquer.

Faire simplement quelque chose sans explications peut aussi amener à des situations embarrassantes.

Je pense que dans mon stage pour instructeurs nous essayons de standardiser les méthodes d’enseignement. Nous ne disons pas que c’est la seule méthode, mais c’est une référence. Chaque enseignant peut ajouter ce qu’il ou elle préfère plus ou moins. Cela dépend de la personne.

Je pense qu’il est important pour les instructeurs et les anciens d’être capables de montrer devant leurs élèves. S’ils ne peuvent pas démontrer, il est très difficile d’enseigner. C’est la nature de notre métier. Ces types commencent par parler, encore et encore, et en fin de compte font très peu de technique. Il n’y a ni rythme, ni vitesse, ni force. Ce n’est pas vrai.

L’art ne sort pas.

Mais concernant l’ukemi…

Le mot exact en japonais, c’est “recevoir avec le corps”, ou “attraper avec le corps”. C’est la traduction directe. Certaines personnes croient que ukemi signifie descendre au tapis ou au sol, et que dans la chute vous avez déjà échoué, sinon vous n’iriez pas au tapis. Oui, c’est une chose. Mais dans le contexte de l’entraînement, si c’est votre philosophie, vous allez vous blesser tout le temps [rire]. C’est pour cela que vous devez étudier l’art martial de l’ukemi. Pour vous récupérer, vous devez avoir le contrôle total de vous-même quelles que soient les conditions et la façon dont nage applique les techniques. Vous devez survivre, vous devez être en sécurité.

Ce principe est important quand vous débutez comme élève. Un instructeur ne peut pas développer vos techniques et vos capacités défensives de façon très importante. C’est comme cela que je comprends l’entraînement à l’ukemi. Si vous connaissez bien une technique, vous devez être capable de bien prendre les ukemi.

Quand votre ukemi s’améliore, vous devenez plus sensible. Vous êtes donc en sécurité, et en plus vous aurez l’avantage d’apprendre les techniques plus précises. Même si vous ne savez pas ce qui arrive, ou que vous perdez l’équilibre, vous pouvez toujours récupérer vos forces, votre centre de gravité et votre énergie.

C’est pourquoi traditionnellement, être l’uke du sensei est un honneur. Quand vous êtes assez habile pour recevoir la technique de l’instructeur, cela signifie que vous êtes de plus en plus capable de copier la technique.

Parlez nous un peu de vos stages d’instructeurs. Combien y assistent ?

Entre 120 et 150. J’ai des stages d’instructeurs à Chicago chaque année, et tous les deux ans dans les états de l’ouest. J’alternerai peut-être bientôt sur la côte est.

Que se passe-t-il à ce stage ?

La question de base est comment enseigner l’aïkido. Pendant les quatre ou cinq premières années, j’enseignais tout, mais pendant les trois ou quatre dernières années d’autres hauts gradés ont aussi enseigné leur façon d’instruire. Donc, tout ne vient pas de moi.

Nous démontrons des exemples d’instruction pas à pas. Par exemple, nous pouvons montrer comment fonctionne une session d’introduction de six semaines. Ensuite, voici comment on enseigne un cours classique pour débutants ; voici comment je dirige les cours avancés.

Les responsables de dojos font vraiment un cours pour débutants aux autres instructeurs ?

C’est exact. Ils dirigent un cours pour débutants ou un cours d’armes. Nous enseignons aux instructeurs comment nous enseignons. Pendant le stage, l’accent est mis sur la méthodologie d’enseignement. C’est l’aspect principal.

Nous travaillons aussi à améliorer les démonstrations publiques. Nous vous enseignons comment monter une démonstration, l’organiser, et ensuite nous faisons une véritable démonstration publique, et discutons de la façon dont elle s’est passée.

Et à la fin, il y a la reconnaissance. Nous distribuons les certificats d’enseignement qui disent que vous avez suivi un stage d’instructeur au moins une fois tous les deux ans. Nous avons des certificats de shidoin (instructeur), fuku shidoin (assistant instructeur) et joshu (assistant). Je crois que cela soutiendra les gens quand ils enseigneront dans leur propre localité, dans leur propre dojo.

Qu’enseignez vous aux instructeurs sur l’organisation de démonstrations ? Qu’avez-vous Quelles sont les choses qui ne marchaient pas avant et que vous faites différemment maintenant ?

Les instructeurs qui font venir tout le monde sur le tapis quand ils feront une démonstration publique, paraissent parfois manquer de professionnalisme, et le public sa fait une fausse idée de l’aïkido.

J’aime quand les instructeurs, ou des ceintures noires, tous bien entraînés, fournissent une démonstration qui est brève, mais très professionnelle, avec une technique précise et quelques explications intellectuelles sur les principes mis en scène. Comme je le dis, quand nous avons ce stage d’instructeurs ici à Chicago, nous faisons faire une démonstration par les responsables de dojos, tous les autres voient comment nous menons cette démonstration, comment nous la présentons concrètement, comment nous faisons un planning de programmation.

Mon conseil est de s’assurer que tout soit bien clair.

Vous dites que quelquefois quand des enseignants font une démonstration ils font venir tout le monde sur le tapis. C’est donc difficile de voir ce qui est démontré ?

Ou très difficile. Certains instructeurs n’ont pas assez d’expérience face au public. Ils ont besoin de connaître les différents types de démonstrations, et peut-être utiliser des techniques différentes.

Que voulez-vous dire ?

Certaines personnes peuvent montrer leurs techniques en cours, mais soit n’ont pas assez d’entraînement, soit perdent parfois leur sang-froid pendant une démonstration, à cause du public. Ils ne peuvent alors pas montrer ce qu’ils voulaient. Il n’y a pas que des débutants, cela peut arriver même à des enseignants avancés. A cause du public, rien ne sort. Ils se contrarient ou deviennent nerveux, entre autres. Je pense que nous devrions éviter ce genre de démonstrations, parce que le public ne comprend pas. Ils pensent que ce qu’ils voient c’est vraiment de l’aïkido.

Avez-vous des conseils pour que les instructeurs puissent intéresser des élèves à l’aïkido ?

J’ai récemment découvert comment garder les élèves. De temps en temps nous demandons “comment avez-vous trouvé le dojo ?”. Les hommes disent : les Pages Jaunes, ou une publicité. Les femmes, en revanche, ne viennent pas au dojo directement. Elles nous trouvent par des chemins détournés. Elles entendent parler des sessions de six ou huit semaines au YMCA, et elles en parlent. Elles vont voir un cours, et voient l’instructeur d’aïkido. Ensuite elles apprennent que l’instructeur d’aïkido a un dojo. Après cela elles s’impliquent et finalement deviennent ceinture noire.

Beaucoup de gens pensent que dojo signifie école de karaté. Ils pensent encore que l’aïkido est comme le karaté. S’ils ne font qu’entrer, cela peut paraître trop compliqué. Les gens pensent que c’est trop difficile. Mais si vous proposez une session d’introduction de six semaines, ils disent, “oh, je voulais essayer un type différent d’art martial. Je vais essayer l’aïkido”. Ils ont reçu quelques informations. Ils ont vu un instructeur en démonstration pendant les cours. C’est un instructeur professionnel.

Je crois que cette méthode d’introduction permet de conserver les élèves. Au cours de mes huit ans ici, nous avons toujours eu des sessions d’introduction de six semaines, de deux ou trois cours par semaine. Chaque classe est composée de 10 à 12 élèves. Cela veut dire entre 30 et 40 nouveaux élèves toutes les six semaines.

Et pendant ce temps je leur fais voir d’autres programmes en cours. Ils se lient avec d’autres élèves. Ils se passionnent. C’est ce que j’ai fait avec ce programme, grâce auquel nous réussissons.

Combien d’élèves avez-vous actuellement ?

Je dirige directement trois dojos. J’ai 350 élèves permanents, et toutes les six semaines 60 autres élèves s’inscrivent. En ce moment nous avons 400 personnes aux trois dojos.

A votre avis quelle est la principale raison pour laquelle les Américains abandonnent la pratique de l’aïkido ?

Abandonner l’aïkido n’est pas seulement américain. C’est japonais, aussi [rire]. Mais les Japonais font de l’aïkido en collectivités. L’aïkido japonais est plus tourné vers le groupe. Parfois les gens commencent parce que leur voisin, ou l’enfant de leur voisin, en fait. Ils restent ensemble.

Aux Etats-Unis, chaque groupe peut être d’une race différente. Quelquefois leur culture est très forte. Ils pensent que l’aïkido est un art martial japonais, ou même chinois ou coréen. Il fut un temps où j’entendais parler de l’aïkido ici principalement par les élèves asiatiques. Maintenant il y a des blancs, des noirs, des hispaniques et des asiatiques dans mon dojo. Donc je pense que l’aïkido peut être un échange culturel.

Nous espérons que les gens accepteront chaque culture, mais pour s’impliquer dans une autre culture, c’est une autre histoire.

L’aïkido est la création du fondateur, Morihei Ueshiba O-Sensei, et son expression était que l’aïkido est un budo. En tant que tel, c’est une technique martiale, mais il dépasse le combat pour rejoindre une application plus large : s’entraîner pour bénéficier aux autres.

L’aïkido est l’entraînement pour bénéficier aux autres ? Que voulez-vous dire ? Pouvez-vous nous donner un exemple ?

L’aïkido est une forme d’entraînement à l’art martial, mais c’est aussi du développement de soi. Si vous devenez une meilleure personne, vous transmettez cela aux autres. D’autres personnes, disons, à votre travail. Si vous avez une compréhension et une expérience approfondies, vous pouvez le donner aux autres. Votre entraînement bénéficie donc aux autres.

Parlez-vous de la philosophie ?

Non, des points techniques aussi. Par exemple, quel est cet art ? Est-ce quelque chose qui peut être appliqué en toute circonstance ? Votre propre perfectionnement dépend de la profondeur de votre compréhension, et de la capacité d’appliquer votre art dans toute autre occasion. Si vous avez une compréhension approfondie, vous pouvez la transmettre aux autres. Sinon, vous n’avez pas grand-chose à offrir aux autres.

Pouvez-vous donner un exemple plus concret ?

Certains pensent que l’entraînement aux arts martiaux a pour but de devenir un champion. Pas l’aïkido.

Si les arts martiaux ont pour objet la compétition, vous pouvez devenir un champion. Et alors ? Que peut faire ce champion pour les autres ? Champion, pour moi, c’est le bout du rouleau. Vous êtes devenu le premier par votre entraînement, et personne d’autre ne vous a égalé. Vous êtes fini.

En aïkido, nous n’avons pas un seul champion. Nous n’essayons pas de sélectionner une seule personne comme la meilleure. Avec l’entraînement d’aïkido, chaque individu progresse. Donc chaque individu doit devenir un champion. De cette façon, les anciens aident les débutants. Les débutants respectent les anciens. Les relations humaines se renforcent.

Puis on vieillit. Notre force physique s’envole. On a toujours besoin du physique, mais même sans force, on peut toujours progresser ou partager notre art.

Puis notre débutant devient un ancien ; il transmet alors une compréhension de meilleure qualité et plus profonde, qui élargit notre influence. Nous avons grandi et il y a encore plus de choses à apprendre. La vie continue à nous remplir d’enthousiasme.

Si vous ne faites pas ce genre de partage alors le cycle devient : champion —- fini. Puis le suivant devient champion —- et il est fini.

Devenir le seul champion est une forme inférieure de champion. Ce n’est pas bon. Au contraire, en aïkido, tout le monde devient champion.

Comment continuer à apprendre, grandir et garder votre technique vivante ?

C’est une bonne question. Il faut apprendre d’abord en suivant l’exemple d’un instructeur, et vous faites de votre mieux. Apprendre la technique par l’exemple est une étape formatrice que vous traverserez. Après cela, quand vous ferez un avec l’art, vous devrez transcender votre formation, aller au-delà du kata. Vous faites votre propre forme. Ainsi vous vous ravivez à nouveau.

En d’autres termes, vous devez découvrir votre ikkyo par vous-même. C’est comme cela que vous vous ravivez. Si cela marche, tant mieux. Ou peut-être qu’il faut plus ou moins de travail, plus ou moins de force physique. Peut-être devriez-vous essayer de prendre l’initiative, ou d’utiliser plus de contrôle. Ce genre de choses.

Vous parviendrez à tout ce que vous souhaitez obtenir.

Pour moi c’est la même chose. J’apprends de nombreux instructeurs. Puis vous apprenez de vous-même.

Quelqu’un dit : “vous ne faites pas d’aïkido”. Je réponds “oh, et qu’est-ce que je fais ?”. Ils disent : “vous faites vous-même”. [Rire]

Certaines personnes disent cela. Donc, je dis “oui, c’est de ça qu’il s’agit”. Nous respectons nos professeurs, mais quand nous dépassons, ou que nous surpassons cette pratique, nous devons l’approfondir. Quoi que vous appreniez vous devez le faire fonctionner pour vous-même.

Quelle est votre technique préférée ?

Ma préférée ? Kokyunage. N’importe quel kokyunage. [rire]

Pourquoi ça ?

J’aime projeter les gens [rire]. Quand ça passe bien, la vitesse et le rythme, la sensation est très bonne.

Quand j’étais jeune, j’aimais shihonage, nikyo, sankyo, ces projections physiques, “YAAAH !”. Elles entraient fort.

Mais avec l’âge, j’aime être un peu plus coulant [rire fort].

Mark Binder (nidan) est romancier, humoriste, et écrivain indépendant professionnel. Remerciements particuliers à Keith Moore et Lou Perriello. L’article ci-dessus a été préparé avec l’aimable assistance de Keith Engle des USA.