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A ma façon : jours anciens en tant qu’uchideshi au Yoshinkan

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par David Lynch

Aikido Journal #103 (1995)

Traduction française: Frédéric Lemaitre


L’article suivant a été préparé avec l’aimable assistance de Kathryn Hathaway.

C’est quelque peu embarrassant, après 30 ans d’aikido; de n’avoir rien de vraiment profond à offrir. Il serait agréable d’être capable de donner un aperçu de la condition humaine résultant de mes 18 ans au Japon sous la tutelle de maîtres comme Gozo Shioda, Koichi Tohei et Kisshomaru Ueshiba, pour ne nommer qu’eux.

Le fait que je ne le puisse n’est pas la faute de mes divers sensei, pas plus que je ne devrais les blâmer pour mon niveau technique moyen, en dépit de l’accumulation des dans du Yoshinkan, Aikikai, Ki no Kenkyukai et Tendokan.

Je devine que mon expérience est suffisamment inhabituelle, cependant, pour que l’éditeur m’invite à écrire un article ou deux et je serai heureux si, en le faisant, je peux aider quiconque le long de la Voie.

En suivant mon parcours avec mes divers sensei, il est impossible d’éviter des contradictions majeures dans les bases philosophiques sur lesquelles les différentes organisations ont été bâties, dans les systèmes d’entraînement, et même dans les techniques d’aikido elles-mêmes. La vie humaine est complexe et les différences entre les gens peuvent être grandes, il serait donc peut-être étrange que différents professeurs et organisations ne développent pas des approches différentes. Ce que j’ai trouvé difficile initialement, cependant, était le fait que beaucoup des sensei et leurs compagnons insistaient sur la justesse de leur système et la fausseté des autres. J’admets que j’étais quelque peu démoralisé la première fois lorsque, passant d’un dojo à un autre, on me dit que ce que je faisais dans l’autre dojo était totalement faux.

On peut bien sûr éviter cet embarras en restant avec un professeur ou un système et en ignorant béatement les autres et j’aurais probablement fait ainsi si les circonstances ne m’avaient obligé à changer. Je sens maintenant qu’un enseignement proclamant être le seul dans le vrai et promettant de tout simplifier et d’éliminer toutes les contradictions devrait être considéré avec suspicion. Sans parler de la contradiction évidente présentée par le manque d’harmonie entre les différentes écoles enseignant “La voie de l’Harmonie”, il devint clair pour moi que suivre aveuglément n’importe quel professeur, peu importe son niveau technique ou spirituel, ne me conduirait finalement nulle part.

C’est la même chose avec le système des grades. Peu importe comment vous le mettez en place ou le formulez, vous n’éliminerez pas le conflit entre les gens qui est en fait créé par cette hiérarchie artificielle. Mais je n’étais certainement pas en position de questionner cela pendant les 18 mois que j’ai passés comme uchideshi (étudiant pensionnaire) au Yoshinkan à Tokyo au début des années 60. L’entraînement était difficile dans tous les sens du terme mais j’aimais la camaraderie et l’approche mono pensante de la vie, malgré des périodes de chocs culturels et un sentiment ennuyeux que je pouvais faire quelque chose de plus créatif de ma vie. Pour un uchideshi du Yoshinkan à cette époque il y avait peu de temps pour penser de telles questions, étant donné que nous étions debout tôt tous les matins et avions plein de corvées, comme nettoyer les toilettes, balayer les tapis, et astiquer chaque parcelle du dojo, pour nous occuper entre les sessions d’entraînement.

Etant le seul uchideshi à avoir mon permis de conduire, j’avais la tâche d’aller chercher Shioda Sensei chez lui et de le ramener au dojo, et ensuite de le raccompagner chez lui le soir. En tant que chauffeur de Kancho (le titre que nous utilisions normalement pour le “chef du dojo”), j’allais à toutes sortes d’endroits où un étranger n’irait normalement pas, comme des établissements policiers et militaires où le Yoshinkan donnait des cours. Je le conduisais également à divers dîners tenus dans des restaurant traditionnels japonais, et en une de ces occasions je passais prendre Ueshiba O’Sensei et l’emmenait avec Kancho. J’attendais alors hors du restaurant dans la voiture jusqu’à ce qu’ils soient prêts à rentrer. Le seul autre contact avec O’Sensei dont je peux me vanter fût dans l’étrange occasion où il voulait parler à Kancho au téléphone et que je décrochais. J’entendis une voix fluette dire, “C’est le vieux Grand Père Ueshiba, est-ce que le jeune Shioda est là?”. J’assistais à une des démonstrations publiques de O’Sensei au Hibiya Hall de Tokyo mais j’étais parmi les derniers rangs et ne peux me rappeler grand chose de cet événement à part ces fameux “yeux larges et brillants”, bien que je me souviens avoir été intrigué par quelques une de ces projections “sans contact” qui étaient très différentes du type de techniques sur lesquelles je transpirais tous les jours.

Beaucoup des anecdotes concernant O’Sensei étaient relayées par Shioda Sensei, qui passa 9 ans à s’entraîner sous O’Sensei avant la guerre, mais la plupart a probablement été déjà publiée donc je ne les répèterai pas toutes. Il y avait celle à propos de la session d’entraînement avec le vrai sabre que O’Sensei conduisit dehors en nuit noire, pendant laquelle il portait un bandeau blanc (hachimaki) et invita Shioda et son compagnon deshi à l’attaquer franchement. Kancho nous racontait comme ces sessions étaient effrayantes. Ils étaient vaguement capables de voir le bandeau blanc bouger dans le noir, et s’approchaient pour attaquer, seulement pour voir le sabre de O’Sensei briller devant leurs yeux ou s’arrêter juste devant leurs visages. J’ai récemment lu une version de cela dans un livre américain dans lequel le bandeau s’était transformé en bandeau sur les yeux! Cela fait hésiter à répéter de telles histoires par peur de créer d’autres mythes.

Il y a une autre bonne histoire dans laquelle un ami budoka très fort et agressif de Kancho avait demandé à rencontrer O-Sensei. En arrivant au dojo ce camarade s’inclina devant O-Sensei, mais O-Sensei ne répondit pas du tout, restant droit comme un i en position seiza. Le visiteur quant à lui resta dans la position inclinée pendant un temps anormalement long puis se redressa, murmura les mots, “Je suis battu”, s’inclina profondément encore une fois et quitta immédiatement le dojo. Shioda s’excusa et se hâta de suivre son ami sur la route pour comprendre à quoi il jouait. Apparemment, le camarade avait été déterminé à prouver que O-Sensei était une arnaque et avait prévu de sauter sur lui et de le frapper sur l’arrière de la tête aussitôt qu’il s’inclinerait. Mais quand le salut ne vint pas, il eut un sentiment très fort d’être en présence d’un vrai maître qui n’avait laissé absolument aucune ouverture.

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