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Bansen Tanaka Sensei

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par Stanley Pranin

Aiki News #68 (August 1985)

Traduction française: Damien Gauthier

Il me semble que vous avez suivi l’enseignement de Yoichiro (Hoken) Inoue Sensei (neveu d’O-Sensei et fondateur du Shin’ei Taido) avant la guerre ?

Oui. J’ai rencontré Ueshiba Sensei en octobre 1936. Il avait un parent à Suita (un quartier d’Osaka) mais restait à l’hôtel car sa maison était trop petite. A cette époque je pratiquais le Judo. Mon ami, le fils du propriétaire de l’hôtel, pratiquait aussi le Judo. Il est alors venu me dire de venir à l’hôtel car un professeur intéressant y résidait. Lorsque je suis venu à l’hôtel j’ai trouvé Ueshiba Sensei et Inoue Sensei.

Vous les avez donc rencontrés par hasard.

Oui, je suis allé à l’hôtel sans comprendre ce qui se passait. Après avoir écouté Ueshiba Sensei parler pendant un moment, je lui ai demandé de m’enseigner son art. Il me dit que comme Inoue Sensei donnait un cours dans un bureau de police municipale, il m’enseignerait à son retour (de la préfecture de Mie) si je lui fournissais un endroit où rester à Osaka. Je me suis donc aussitôt mis à chercher un dojo. Par chance, j’ai trouvé une maison vide qui servait auparavant de salon de billard et disposait de 60 tatamis. J’ai monté ce dojo en novembre 1936.

Cela vous a donc pris seulement un mois pour monter ce dojo…

Cela m’a prit seulement une dizaine de jours car je savais qu’Inoue Sensei arrivait. La maison que j’avais trouvée possédait deux étages, ce qui était bien, mais le loyer était élevé. Je crois que je payais 25 yen (environ 500 ou 600 dollars de nos jours) pour louer cette maison ! J’ai trouvé étrange au début qu’O-Sensei me demande de rassembler uniquement des personnes issues de familles riches mais les tarifs mensuels étaient alors vraiment élevés. Même si le tarif était de cinq yen, nous devions réserver au moins dix yen pour les dépenses diverses.

Qu’est-ce que cela représente en monnaie actuelle ?

A cette époque on gagnait environ deux yen pour une journée de travail. Il n’était pas étonnant qu’O-Sensei me demande de rassembler uniquement des élèves de familles riches. Comme le tarif mensuel était élevé, les gens de familles pauvres ne pouvaient nous rejoindre. Je crois que j’ai rassemblé environ onze personnes.

Inoue Sensei enseignait-il dans la région du Kansai (Osaka-Kyoto) à cette époque ?

Non. Il semble qu’il y avait un bureau de police dans la préfecture de Mie et il enseignait là-bas. Je l’ai aussi accompagné une ou deux fois mais je ne me souviens plus comment nous y allions.

A quelle fréquence y enseignait-il ?

Il y allait tous les jours. C’était sa seule destination. Ueshiba Sensei venait à Osaka à peu près deux fois par mois. A chaque fois qu’il venait je lui servais une délicieuse daurade. On trouvait ce poisson pour 2 yen. Celui que je donnais à O-Sensei était spécialement grand. Je crois qu’O-Sensei l’accompagnait d’une boisson. Les choses ont continué comme cela jusqu’en avril 1939. C’est l’année où j’ai été appelé sous les drapeaux. Je suis resté dans l’armée et ne suis revenu qu’après la fin de la guerre.

O-Sensei est venu dans un bureau de police d’Osaka en octobre 1951 au début de l’hiver. Il donnait souvent des cours au Bureau de Police de Sonezaki en ville. Le chef du siège de la police à cette époque était feu M. Kenji Tomita, ancien directeur de l’Aikikai. C’est par ce biais qu’O-sensei est venu à Osaka après la guerre. Il contacta la police par téléphone et demanda à entrer en contact avec “l’homme nommé Tanaka qui vivait autrefois à Suita”. Comme la police est spécialisée dans ce type de problème, ils m’ont trouvé immédiatement et je me suis précipité pour aller voir O-Sensei. O-Sensei fut surpris que je vienne à lui aussi rapidement. Je l’amenai chez moi. Il me demanda de rassembler ceux qui pratiquaient autrefois et il donna alors une démonstration dans ma maison. Ma maison était assez grande si j’écartais les meubles. Pendant que je discutais avec O-Sensei il suggéra que je construise un dojo. Celui-ci fut achevé à la fin de l’année 1951.

Après que Sensei m’eût précisé comment venir à Iwama, j’ai expliqué le tracé du dojo aux charpentiers et je leur ai dit de le construire pendant mon absence. Je suis resté m’entraîner à Iwama pendant à peu près un mois en pratiquant environ quatre fois par jour. Mon dojo a arboré une plaque au nom de “Ueshiba Morihei” pendant longtemps. Autrement dit, j’en ai fait le dojo d’O-Sensei. Il en était vraiment content et se montra très sensible à l’attention. Quand je suis revenu de mon entraînement à Iwama la construction était déjà terminée. Je crois que c’est le 10 janvier qu’O-Sensei y donna une démonstration. J’ai ouvert mon dojo en janvier 1952.

Ce dojo a donc été construit il y a 33 ans…

Tout à fait.

A quelle fréquence O-sensei venait-il à Osaka après la guerre ?

Il est resté avec moi environ un an et demi après l’achèvement du dojo. Il disait “Je vais rester pour toi”. Comme sa femme était à Tokyo il retournait souvent à la maison pendant cette période. Donc au cumul il a passé environ 8 mois avec moi. J’écoutais toujours ses paroles difficiles et incompréhensibles. Mais cela me faisait du bien. Ces souvenirs sont encore dans mon subconscient et quand j’écris je me souviens maintenant de diverses choses.

O-Sensei enseignait-il lui-même ?

Oui, il enseignait aussi. Le dojo se trouvait en bas. Il y avait une pièce à coté du dojo et O-Sensei s’y asseyait pour nous regarder pratiquer. Quelquefois il sortait de cette pièce pour nous instruire.

Le corps d’O-Sensei à cette époque était impressionnant. En ce temps là, il n’y avait pas de bain dans la maison donc nous allions au bain public. Cependant, Sensei disait qu’il ne voulait pas entrer dans un bain après quelqu’un d’autre. Donc je devais faire une demande spéciale au propriétaire du bain public et y amener Sensei vers trois heures de l’après-midi. Quand j’ai utilisé du savon pour laver son dos, je me suis fait réprimander. Il me dit alors que le savon n’était pas nécessaire pour le laver. Néanmoins, lorsque j’ai frotté son dos avec une serviette cela fit un bruit sourd. Lorsque je lui dis qu’il m’était difficile de laver son dos, il répondit “Vraiment ?” (Rire) Alors, après ça, lorsque j’ai touché son dos à nouveau, il était devenu souple. En tous cas, Sensei avait des muscles saillants sur tout le corps. C’était vraiment difficile de l’amener au bain et de le laver tous les jours. Sensei utilisait du savon uniquement pour laver ses mains et son visage mais jamais pour son corps. J’ai cessé depuis cette époque d’utiliser du savon pour mon dos. Aucune saleté ne s’en est jamais détaché même quand je pensais que mon dos était sale (Rire). O-Sensei disait : “Tanaka, tu n’as pas forcément besoin de prendre un bain. Tu ne dois pas laver ton corps avec du savon. Regarde ces clochards. Il ne tombent pas malades même s’ils vivent dans des lieux sordides.” (Rire)

Pouvez-vous nous parler un peu plus d’Inoue Sensei ?

Inoue Sensei est un neveu de Ueshiba Sensei. C’est un homme très strict. Lorsqu’il exécute des techniques il devient très sévère. Cependant, quand il parle après l’entraînement il est assez décontracté. Je l’ai vu boire pour la première fois six mois après l’avoir rencontré. Il disait qu’il ne buvait pas. Peut-être était-il un gros buveur mais il ne buvait jamais avec nous. Quand un nouveau cabaret s’est ouvert à Osaka, je l’ai invité à y prendre un verre et il engloutit alors saké après saké. Je me suis dit : “Mon Dieu, il m’a bien eu” (Rire). Il ne faisait pas les choses à moitié. Cependant, dès que l’entraînement commençait il devenait très strict. Ce que nous appelons maintenant ikkyo et nikkyo s’appelait à l’époque ikkajo et nikajo. Lorsqu’il nous faisait nikajo, il continuait à appuyer même si nous frappions le tapis, en disant “Pas encore. Pas encore.” Chaque jour nous nous disions : “Bon, doit-on vraiment aller au dojo pour hurler ?” C’était si douloureux que des larmes coulaient sur notre visage ! Il disait qu’il savait quand nos os allaient casser ! Du fait de son nikkajo assez rude, tout le monde était devenu résistant au nikyo et au sankyo. A cette époque nous pratiquions souvent à genoux. Le nikyo appliqué à genoux était vraiment douloureux. Il était vraiment friand de ces techniques à genoux. Il les pratiquait très souvent et soulignait leur importance.

Il y avait une autre personne qui était vraiment forte. C’était un professeur nommé (Tsutomu) Yukawa. Il faisait des choses incroyables comme attacher une poutre de 127x127mm à son bras, charger une personne par-dessus et les faire ensuite tourner autour de lui. Il s’entraînait au Bureau de Police de Sonezaki mais vivait à Suita.

Est-il mort pendant la guerre ou après ?

Il est mort à Osaka pendant la guerre. Il venait souvent me voir quand j’étais dans l’armée. Il venait avec une bouteille de whisky, c’était réellement un gros buveur. J’ai trouvé un poste de garde du corps grâce à l’aikido quand un officier ayant étudié avec Yukawa Sensei me dit de lui appliquer nikyo. J’ai appuyé très fort, il s’est mis en colère et a crié : “Qu’est-ce que tu fais ?” Je suis alors devenu garde du corps sur ordre du commandant.

Yukawa Sensei enseignait-il aussi à Osaka ?

Après que l’armée m’eût appelé, Inoue Sensei est rentré chez lui. Les étudiants restants allaient pratiqué dans la maison de Yukawa Sensei. Cependant, ils furent tous par la suite appelés sous les drapeaux et quittèrent le dojo.

Si je comprends bien, Yukawa Sensei est mort assez jeune.

Oui, assez jeune. J’ai appris sa mort après mon retour de la guerre. Il semblerait qu’il soit allé quelque part en Mandchourie et en soit revenu. Il était en train de boire à Osaka. Même si je ne connais pas les détails, il semble qu’il ait été assassiné.

Inoue Sensei est-il venu à votre dojo après son ouverture ?

Non, il n’est pas venu. Il n’est plus venu après l’ouverture de mon dojo car j’y instruisais. Lorsque j’ai construit ce dojo O-Sensei est resté avec moi un certain temps. A cette époque des “casseurs de dojo” apparaissaient de temps en temps. Il y avait au moins trois personnes par mois qui venaient au dojo en se prétendant pratiquants d’arts martiaux comme le Karaté et le Judo. Ce genre de personnes apparaissaient toujours après le départ d’O-Sensei ! (Rire). Lorsque O-Sensei était présent avec moi personne ne se montrait. Cependant, je n’ai jamais été battu. Il y avait un brasero au centre de la pièce. Une fois, alors que je parlais avec un visiteur assis de l’autre côté du brasero, il se leva soudain pour me frapper. Nous appelions ce genre de personnes des “casseurs de dojo”. Je l’ai tout de suite chassé. Je lui dit que comme des kami vivaient là il devait faire une offrande. Néanmoins, je n’ai jamais voulu être battu par ce genre de personnes. Je me sentais investi d’une grande responsabilité vis-à-vis de mon dojo après sa construction. O-Sensei disait souvent que vous ne devez jamais donner à un visiteur une chance de vous attaquer. Il disait aussi que vous devez vous préparer à son attaque à tout moment lorsque vous lui parlez. Lorsque j’ai esquivé l’attaque de ce casseur de dojo alors qu’il avait à peine commencé à bouger, il fut vraiment surpris. Une fois, un instructeur de Karaté est venu m’attaquer. Je suis entré en utilisant irimi et je l’ai immobilisé. Je lui ai demandé pourquoi il voulait apprendre l’aikido alors qu’il était professeur de Karaté. Il me dit qu’il souhaitait apprendre les mouvements circulaires de l’aikido. Il me demanda de lui donner trois mois d’entraînement intensif, donc je le fit payer trois fois le tarif normal. Je crois que le tarif mensuel était de 800 yen à ce moment et je l’ai fait payer 3000 yen. Il y eut une période ou de telles choses se produisaient après la construction du dojo. A cette époque personne ne savait ce qu’était l’aikido. Après la construction du dojo personne ne venait quand il pleuvait. Je suis resté dans le rouge pendant les sept premières années et j’ai songé à abandonner le dojo. Puis vers 1960 le nombre de pratiquants a commencé à augmenter rapidement. Nous n’avons plus de “casseurs de dojo” maintenant. Si j’inclus les clubs scolaires, j’ai 47 ou 48 dojos. Il y en a beaucoup rien qu’à Kyoto.

Y allez-vous vous-même pour enseigner ?

Non, j’ai des instructeurs qualifiés pour ces dojo. On ne peut pas s’occuper seul d’autant de lieux. Actuellement, j’ai quatre étudiants à domicile (uchideshi). J’ai environ vingt salariés qui viennent m’aider le soir. J’ai un étudiant à domicile supplémentaire qui est à l’heure actuelle au Canada. Ce qui fait donc un total de cinq.

Les mouvements circulaires d’O-Sensei sont-ils présents dans l’aikido que vous pratiquez depuis la guerre ?

Oui, tous mes mouvements sont circulaires. Nous utilisons beaucoup de mouvements circulaires, en particulier dans mon dojo. Ils ne sont pas simplement circulaires, mais en spirale, donc la position des hanches ne devrait pas être haute. Les mouvements en spirale sont possibles si vos hanches sont basses. Les mouvements en spirale sont la chose la plus importante et nous insistons là-dessus dans mon dojo.

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