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Souvenirs de Minoru Mochizuki

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par Stanley Pranin

Aiki News #72 (September 1986)

Traduction française: Damien Gauthier

Tarifs du Dojo Kobukan

Le salaire initial pour un diplômé de l’université à cette époque était de 35 Yen. Le tarif mensuel au dojo Ueshiba était de 30 Yen. C’était vers 1933. Le tarif mensuel au Kodokan à cette époque était de 3 Yen. Il n’y avait que des élèves riches au dojo. Ceux qui étaient pauvres ne pouvaient pas venir. Ueshiba Sensei n’était pas pauvre, bien sur, mais il ne menait pas une vie de riche. Il devait nourrir des personnes telles que nous, les uchi deshis. La quantité de nourriture que nous mangions était bien supérieure à la normale. Par exemple, nous ne nous sentions pas rassasiés avant trois assiettes de riz au curry. Yukawa prenait environ cinq assiettes. Même quand nous mangions un plat aussi cher que les boules de riz aux anguilles, nous en prenions deux fois.

Hisa Takuma et le journal Asashi

Le Journal Asahi à Osaka publiait parfois des articles sur notre art car M. Takuma Hisa y était employé. M. Hisa était autrefois un lutteur Sumo. C’est grâce à lui que le Journal Asahi a écrit sur O Sensei. Cela a amené à faire connaître son nom. C’est aussi pour cela que beaucoup de haut gradés de la Marine ont commencé à étudier. Mais quand Ueshiba Sensei a commencé à parler de budo d’amour après la guerre, M. Hisa changea complètement. Il avait en tête un bujutsu (art martial) traditionnel. Je pense que c’est M. Hisa qui joua le plus grand rôle dans la diffusion de l’aikido dans un premier temp. Les jeunes aujourd’hui ne connaissent même pas le nom de Takuma Hisa ni son rôle.

Kenji Tomiki

Il y a une autre personne qui accompagnait souvent Ueshiba Sensei et lui servait de uke, c’était Kenji Tomiki. Tomiki Sensei était très grand et avait un 5ème dan de Judo. Le fait de voir Sensei projeter dans tous les sens un tel gabarit augmentait sa réputation. Mais les jeunes aujourd’hui ne connaissent pas Tomiki non plus. C’était un instructeur du Judo Club de l’Université de Waseda.

Tadashi Abe

Il y a un homme nommé Tadashi Abe qui est décédé récemment. Quand j’ai visité le dojo d’Iwama pour saluer O Sensei à mon retour au Japon à la fin de la guerre, j’ai eu avec lui la rencontre suivante. O Sensei était heureux de savoir que j’étais bien rentré, et il m’accueillit chaleureusement. Je restai dormir sur place. Cette nuit-là un homme louche coiffé comme un moine demanda la permission d’entrer dans ma chambre. Quand je l’y autorisai, l’homme entra.

« Mon nom est Tadashi Abe, est-ce que je peux vous poser une question franche ? » Je lui dit de me demander ce qu’il voulait. Il demanda si j’étudiais l’aiki jutsu sérieusement. A cette époque, l’art n’était pas encore appelé aïkido. Quand je répondis par l’affirmative, il dit :

« Vraiment ? J’entends parler de vous depuis longtemps, Sensei. On m’a dit que vous avez été confronté à des situations de combat réel. Je trouve étrange qu’une personne comme vous se satisfasse d’un art comme l’aiki jujutsu. » Quand je demandai pourquoi il pensait cela il répondit que Ueshiba Sensei ou Morihiro Saito ne seraient pas capable de tenir trois minutes contre lui car il les battrait avec un seul coup.

« Vous êtes un peu vantard, non ? » répliquai-je. « Vous pensez vraiment pouvoir battre Ueshiba Sensei ? », ajoutai-je. Il dit qu’il pensait pouvoir le battre facilement, et continua :

« Même si j’ai observé Ueshiba Sensei depuis longtemps, je ne souhaite pas utiliser l’aiki jutsu.. Je crois que je peux le battre avec un coup de poing de boxe. On m’a dit que vous mettez l’accent sur le combat réel. Est-ce vrai ? »

Je répondis ainsi :

« J’ai participé à de nombreux combats de rue, mais je ne les inclurais pas dans la catégorie du combat réel. J’ai aussi dégainé un sabre et dévasté le camp ennemi. »

Alors il me demanda si oui ou non l’aïkido était réellement utile pour combattre. Quand je répondis que l’aïkido était très utile non seulement pour combattre, mais aussi en temps de guerre, il dit que ma réponse le le convainquait pas. Alors je lui ai proposé de m’attaquer et j’attendis debout en lui disant d’attaquer comme il le voulait. Il me demanda de me mettre en garde. Je lui dis :

« Ne dites pas de choses inutiles. Nul ne peut battre son ennemi s’il lui dit quoi faire. Attaquez-moi comme vous le voulez ! »

Abe bredouilla encore : « Sensei, puis-je vraiment vous frapper ? C’est étrange… Vous présentez des ouvertures de tous les côtés… » Alors il se mit en garde et soudain me fonça dessus. J’évitai le coup et le frappai avec ma jambe. Il gémit et tomba. Je l’ai alors massé en appliquant une technique de réanimation.

« Comment quelqu’un comme vous, qui s’évanouit quand eil reçoit un petit coup de pied, peut-il tenir lors d’un combat ? »

« Sensei, est-ce que l’aïkido a aussi des techniques de coups de pied ? »

« Imbécile ! Qu’est-ce que c’est que cette question ? Nous utilisons des techniques de pied ou n’importe quoi d’autre. J’ai même déjà utilisé l’artillerie. Les arts martiaux, les armes à feu, l’artillerie sont tous de l’aïkido. Qu’est-ce que vous croyez que l’aïkido est ? Vous pensez que ça n’inclut que des torsions de poignet ? C’est un outil de guerre… un acte de guerre ! L’aikido est un combat avec de vrais sabres. Nous utilisons le terme aiki parce que grâce à lui nous pouvons sentir l’intention de l’ennemi qui vient nous attaquer, et nous sommes alors en mesure de réagir immédiatement. Regardez le Sumo. Au commandement (‘Miatte ! Miatte !’), ils se lèvent et se jettent l’un sur l’autre en un éclair. C’est la même chose que l’aïki. Quand une personne se trouve soudain face à l’ennemi dans un état d’esprit vide de toute idée ou pensée et est capable de faire face instantanément, on appelle cela aïki. » « Vraiment ?… Je crois que je peux comprendre. » « Si vous ne comprenez toujours pas, revenez me voir. » Après cela il avait peur de moi et me saluait de bien loin. Quand je partis pour l’Europe, il me demanda de l’amener avec moi.

Enseigner en Europe

J’ai eu quelques expériences intéressantes en Europe aussi. Parce que nous utilisions des techniques telles que les torsions de poignet, quelques personnes qui se demandaient si ce type d’entraînement était vraiment utile en cas de combat réel vinrent me poser des questions. Voici l’explication que je leur donnai :

« Quand vous pratiquez vous apprenez comment bouger votre corps de manière correcte, comment utiliser votre énergie de manière rationnelle, et aussi grâce à l’aïki vous devenez capable de réagir immédiatement au moment où votre ennemi s’approche silencieusement pour attaquer. Par conséquent vous pouvez faire face à n’importe qui. »

L’un des élèves me demanda : « Puis-je prendre un pistolet, alors ? Si j’utilise un pistolet, Sensei, que ferez-vous ? »

Je répondis que je prendrais un fusil.

« Un fusil ? Je prendrais un fusil aussi, dans ce cas. »

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