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La Nature des Arts Martiaux Modernes

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par Kenji Tomiki

Aiki News #95 (Spring/Summer 1993)

Traduction française: Emmanuelle Perret

Cet article a été publié avec l’aide de Fumiaki Shishida de l’Association Japonaise d’Aïkido à partir de cassettes réalisées lors d’interviews d’Aïki News avec Shihan Kenji Tomiki en 1979. Tomiki décrit l’évolution des arts martiaux et insiste sur l’inévitabilité historique de la compétition pour garder ces arts vivants. Il souligne également le besoin de voir le budo au travers de perspectives éducationnelles vastes afin que ses valeurs essentielles soient préservées et puissent être répandues à travers le monde.

Depuis l’épée réelle jusqu’au kata

Les Japonais se sont battus avec de vrais sabres jusqu’au début de l’ère Edo. Ceux qui sont connus comme les fondateurs de diverses écoles d’escrime, tels que Musashi Miyamoto, Sekishusai Yagyu, et Tajimamori Yagyu, sont devenus plus forts et ont cultivé leurs capacités en utilisant leurs compétences pour tuer.

Le fameux duel sur l’île Ganryu entre Musashi et Kojiro Sasaki en est un exemple. Kojiro était, malgré sa jeunesse, un des meilleur escrimeur de la région Ouest du Japon, alors que Musashi, bien qu’il fut un homme d’âge mûr, était connu pour être le meilleur de la région Est. Les gens furent curieux de savoir lequel des deux était le plus fort, et ainsi, le duel sur l’île fut arrangé.

Cet affrontement fut similaire à une compétition sportive moderne. Deux hommes remarquables se sont défiés l’un l’autre pour le droit d’être reconnu comme champion. Néanmoins, ils utilisaient de vrais sabres et, malheureusement, le jeune Kojiro fut tué. Musashi, d’un autre côté, a survécu et devînt célèbre. Les survivants tel que Musashi sont devenus les maîtres de diverses écoles d’escrime. Il n’est pas possible de connaître sa véritable capacité martiale sans combattre. Durant les jours de paix du Shogunat Tokugawa, le gouvernement édicta un arrêté officiel interdisant de telles morts violentes. C’est pourquoi, les escrimeurs commencèrent à pratiquer exclusivement les kata (formes).

Quand vous pratiquez les kata, vous devez relâcher votre force au tout dernier moment. Il est permis aux épées des adversaires de se cogner l’une contre l’autre, mais on doit s’arrêter juste avant de tuer son adversaire. C’est pourquoi il est nécessaire de pratiquer les mouvements de base pendant une longue période avant de commencer l’entraînement des kata proprement dit. On doit être capable de stopper le sabre où qu’il se trouve. Il est dangereux d’essayer de pratiquer les kata avant d’avoir appris les mouvements de base. Une fois les bases apprises, le professeur invitera alors l’étudiant à le frapper.

La pratique des kata était conduite comme ceci. Supposons que vous ayez été un étudiant (au début de la période Edo) et que j’aie été votre professeur. [Lors de l’exécution d’un kata], vous auriez eu à arrêter votre sabre de bois précisément au bon endroit au moment de venir me frapper. Si vous ne bougiez pas précisément vous auriez été coupé. Je vous aurais dit de répéter le mouvement ou de continuer – en résumé, vous auriez pratiqué jusqu’à ce que vous ayez été en nage. Ensuite, j’aurais pu vous dire de frapper mon kote (poignet). Si vous aviez été dérouté par ses instructions, ceci aurait été le signe que vous n’étiez pas encore assez bon. Vous auriez eu à vous entraîner dur jusqu’à ce que vous ayez été capable de manier l’épée sans aucune agitation mentale. A ce point, vous auriez pu être considéré comme ayant maîtrisé le kata. L’enseignant vous aurait alors invité à le frapper n’importe où puisque vous maîtriseriez tous les kata après de longues années de pratique. Il vous aurait conseillé ensuite de tester vos compétences au sabre. Au Japon, ceci est connu sous le nom de kokoromiai, tester son habileté. On pouvait le faire soit avec des sabres en bois, soit avec de vrais sabres, puisque les équipements de protection n’avaient pas encore été inventés.

Le Kendo devient un sport

Shinai kendo, ou le kendo sportif, est apparu au milieu de l’ère Edo. C’était pendant l’ère Shotoku (1711 – 1716), il y a plus de 260 ans. Les Shinai (épées en bambou) étaient utilisées parce que les guerres finies, c’était une période de paix. Depuis le milieu de l’ère Edo, pourtant, certains attiraient les passants dans une embuscade pour tester leurs compétences au sabre en situation réelle. Comme nous le voyons dans des drames historiques à la télévision, ils faisaient tomber des samouraï dans des guet-apens, ayant pris avantage de l’obscurité. S’ils n’étaient pas chanceux, ils étaient tués. L’utilisation de shinai ne signifiait pas que participer à des tournois était mal, mais que les professeurs voulaient préserver leurs étudiants des blessures ou même de la mort. [Note : après le milieu de la période Edo, les affrontements qui se terminaient par des blessures ou la mort furent interdits. Les samouraïs ont commencé à pratiquer uniquement les kata. Lorsqu’ils ne pouvaient plus s’entraîner pour des duels, ils n’avaient plus de moyen de tester leurs vraies capacités ou d’expérimenter l’essence des principes techniques. En conséquence, leurs compétences ont dégénérées. Dans le but de corriger cela, shinai kendo, ou midare geiko (pratique en style libre) en jujutsu s’est développé. C’est le début des compétitions dans les arts martiaux (extrait de Budoron, une collection d’articles de Kenji Tomiki, publié par Taishu-kan, p. 21-22)].

A cette époque, les escrimeurs pratiquaient uniquement les kata et n’avaient pas le droit de tuer puisque la vie humaine était considérée comme importante. Je pense que c’est une caractéristique des arts martiaux japonais. Le secret ultime du kendo se trouve dans le fait de ne pas tuer. Les religions de toutes sortes enseignent la valeur de la vie humaine. Lorsqu’une personne éduquée, de sens commun, est devenue compétente, ou en d’autres termes, a atteint la maîtrise des secrets les plus profonds de l’escrime, elle en vient à penser qu’il est préférable de ne pas tuer les autres. Même si les techniques permettent de tuer instantanément un adversaire, l’escrimeur conclut que c’est mieux de ne pas le faire. Nous pouvons trouver ceci conservé dans les manuscrits transmis au sein de certaines écoles classiques d’arts martiaux. Par exemple, mutodori (la technique de la non-épée) est l’un des secrets inscrit dans le manuscrit de Yagyu Shinkage-ryu.

Le iaijutsu en temps de paix et les techniques assises de jujutsu

En escrime japonaise, une personne peut se défendre complètement en utilisant seulement un sabre. Ushiwakamaru a bloqué immédiatement la frappe de Benkei avec son naginata [voir l’éditorial, p.5]. Un escrimeur pleinement compétent peut utiliser soit un sabre court, soit un sabre long. Il peut, maniant un jutte ou bâton de fer, contrôler son adversaire qui l’attaquerait depuis n’importe quelle direction. Ceci est le kendo. Le principe du kendo est de se défendre en utilisant un sabre depuis n’importe où ou quelle que soit la façon dont un adversaire vient pour attaquer.

Le Iaï (dégainage du sabre) fut développé en période de paix. Les guerriers étaient entièrement revêtus d’armure pendant l’ère d’Hachima Taro Yoshiie (1039 – 1106), ou durant la période Kamura (1185 - 1333) ou encore lors de la guerre de Kawanakajima (1555 - 1561). Durant ces périodes, comme nous pouvons le lire dans les vieilles histoires de guerre, les guerriers pouvaient agripper, bousculer, et clouer leurs ennemis au sol dans le but de les achever d’un coup d’estoc. Quelquefois, des guerriers prisonniers étaient pris en otage et le combat finissait lorsqu’un samouraï s’était soumis. Les samouraïs n’utilisaient pas nécessairement des sabres pour toute la durée du combat. Dès 1543 quand les Portugais amenèrent les fusils à mèche sur l’île de Tanegashima, les méthodes de guerre changèrent. Nobunaga Oda, un seigneur de la guerre hors du commun, forma une brigade de fusiliers, et la moitié de toutes ses troupes utilisèrent des fusils à mèches dans les batailles de Koehazama et Nagashino. Les armures des ennemis furent inutiles contre les armes à feu. Après cette période, les guerriers commencèrent à porter moins d’armure.

Lorsque vînt la paix, les samouraïs ne portaient plus d’équipement de protection. Par exemple, Ryuma Sakamoto [1835 - 1867, une figure politique importante de la restauration Meiji] fut tué dans une auberge pendant qu’il buvait son thé par un assassin chargeant à toute vitesse dans le couloir. Qu’aurait-il pu faire pour se défendre ? S’il avait eu un sabre, il aurait pu couper la jambe de l’assassin avant que l’assassin ne puisse le taillader. Ceci est le iaijutsu. Le Iaï fut développé longtemps après que la paix ne fut établie.

Sur le champ de bataille, le iaï n’était pas nécessaire. Pendant la période Edo, les gens qui pratiquaient le jujutsu en soulignaient les techniques assises. D’un point de vue historique, nous pouvons dire que goshinjutsu, ou l’art de la self-défense, est de se protéger contre n’importe quelle attaque, à n’importe quel moment et depuis n’importe quelle direction. Il n’y a pas d’art martial japonais qui n’inclue pas d’élément de self-défense.

Les arts martiaux sur le champ de bataille et les arts martiaux défensifs

Les arts martiaux japonais peuvent se diviser en deux catégories, les arts martiaux du champ de bataille et ceux utilisés prioritairement pour la self-défense. La première catégorie était utilisée durant les guerres concernant des différences politiques ou idéologiques entre provinces, alors que la dernière était utilisée pour faire face à la violence et comme une légitime auto-défense civile. Bien que l’on ne doive pas essayer de tuer un attaquant, même en self-défense, il y a des situations dans lesquelles il est nécessaire de le faire pour sauver sa propre vie. Ceci est le but des arts défensifs.

La Self-défense comme éducation à la sûreté

Il n’y a pas de situations prédéterminées dans les arts martiaux. Vous devez être capable de vous défendre de n’importe quelle attaque. Au Japon, nager était également considéré comme un art martial puisque c’était une compétence nécessaire pour un samouraï en temps de guerre. En temps de paix, les gens meurent par noyade. Lorsque des typhons ou des ras de marée surviennent, ou lors d’un naufrage, nager est vraiment important et peut sauver votre vie. C’est pourquoi, on l’enseigne maintenant comme une partie de l’éducation à la sûreté. Un autre exemple concerne les sports qui font maintenant partie du programme éducationnel. La participation aux sports aiguise les sens des enfants et ceci peut être utile en prévention, par exemple, des accidents de circulation. De nombreuses victimes sont les personnes âgées ou les jeunes qui ont les jambes et les hanches faibles. Pratiquer un sport est, en un sens, un art de self-défense. Vous pouvez mourir en tombant du sommet du toit si vous êtes blessé au mauvais endroit. Vous pouvez glisser et subir une contusion. C’est pourquoi, les ukemi [chutes] peuvent aussi être considérées comme faisant partie de l’art de self-défense. Nous devons voir les exercices physiques au sens large ; aikido et judo incluent également ces aspects.

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