Aikido Journal Home » Articles » Une vie consacrée à l’aïkido (04) Aiki News Japan

Une vie consacrée à l’aïkido (04)

Available Languages:

par Gozo Shioda

Aiki News #75 (August 1987)

Traduction française: Guy LeSieur

Les chapitres qui vont suivre sont tirés d’Aikidô jinsei (Une vie consacrée à l’aïkido), l’autobiographie de Gozo Shioda. Ces extraits sont reproduits avec la gracieuse permission de l’auteur et de sa maison d’édition, Takeuchi shoten shinsha.

Chapitre 5 (suite)

Sixième principe : la puissance du kokyû et le pouvoir de concentration

Il va sans dire que les êtres humains, les animaux et la nature vivent parce qu’ils respirent. Les êtres vivants inspirent l’oxygène de l’atmosphère et expirent le gaz carbonique de leur système. En aïkido, cette respiration se fait en trois temps, l’inspiration, l’expiration et une phase en apnée ou en suspension plus ou moins prolongée de la respiration. Cette méthode, en trois temps, a une forte incidence sur le pouvoir de concentration de l’individu. La manière de respirer affecte aussi le degré de fatigue éprouvée à l’effort.

Respirer superficiellement ou profondément, retenir son souffle momentanément ou longuement, dépendra de l’effort à fournir pour exécuter un mouvement. Lors de l’exécution d’une technique, de façon générale, il y a l’inspiration avant de l’exécuter, la phase en apnée lors de son exécution proprement dite et l’expiration subséquente lors de sa conclusion. La tentative de concentrer toute votre puissance sur un point lors de l’exécution d’une technique tout en effectuant une respiration équivaut à faire deux actions en même temps. Il en résultera un affaiblissement de votre pouvoir de concentration. Il faut donc, pour concentrer la puissance en un seul point, que cette action soit effectuée en apnée. Par contre, si vous maintenez trop longtemps la phase d’apnée, vous risquez de produire une saturation de gaz carbonique dans le sang qui vous obligera à une respiration rapide pour récupérer. C’est ce qui cause votre fatigue. Plus courte la phase en apnée, mieux ce sera. C’est pour cette raison qu’en aïkido les techniques doivent être exécutées rapidement : votre pouvoir de concentration atteint son maximum durant un très court laps de temps. Le maintenir durant longtemps est d’ailleurs impossible.

Le rythme de la musique est créé en émettant des sons périodiquement à une certaine fréquence ; c’est la cause du plaisir de l’auditeur autant que du musicien. Le même principe s’applique en aïkido. Le jeu cyclique des trois éléments de la respiration : inspiration, apnée, expiration créé des rythmes complexes selon différents accents et temps que dictent la nature de la technique, le mouvement particulier de celle-ci ainsi que sa vitesse d’exécution. Par exemple, si le rythme de la respiration s’harmonise avec la technique ou la séquence de techniques, elles seront bien exécutées. En d’autres mots, lorsque le corps atteint ce rythme, vous pouvez vous déplacer avec aisance et faire montre d’exhiber un grand pouvoir de concentration augmentant ainsi l’efficacité de vos techniques. Comme je l’ai décrit plus haut, la capacité à garder son corps en équilibre est directement liée à l’habileté à maximaliser l’efficacité du pouvoir de concentration.

Maîtriser le kokyû, c’est-à-dire les pouvoirs de la respiration et de la concentration, est plus difficile qu’il n’y paraît. Vous devrez apprendre en soumettant votre corps à une pratique assidue. Deux impératifs s’ajoutent à ce qui précède : l’étude de l’interaction entre votre équilibre et les phases d’inspiration d’expiration et d’apnée, avec des déplacements sans heurts de votre centre de gravité et l’harmonisation de votre corps au rythme du mouvement. Ce n’est qu’après avoir acquis cette maîtrise que vous pourrez bouger votre corps avec légèreté et facilité et, ce qui est plus important, vous constaterez une amélioration dans l’efficacité de vos techniques et une diminution de la fatigue. C’est alors que vous réaliserez les bienfaits de l’aïkido et que vous prendrez encore plus de plaisir dans sa pratique.

Septième principe : les mouvements circulaires

Il n’y a presque pas de mouvements rectilignes en aïkido. Tout est circulaire.

Comme je l’ai déjà mentionné, en aïkido, il n’y a ni confrontation directe ni lutte contre la force de notre adversaire. Le principe de base de l’aïkido est de diriger celle-ci de telle sorte que l’adversaire se retrouve en déséquilibre et, à ce moment précis, d’appliquer la technique. Vous apprendrez que de vous mouvoir selon une trajectoire circulaire est la façon la plus efficiente, rationnelle et économique, du point de vue de l’effort à fournir, pour faire dévier l’énergie de l’adversaire. De plus, cela vous permettra de vous positionner près de lui et d’exécuter immédiatement la technique.

Votre corps, en se déplaçant, crée un cercle. Chez la toupie, le centre et la circonférence tournent ensemble. En aïkido, c’est aussi ce qui se produit. Vous décrivez un cercle qui aspire l’adversaire dans son mouvement. Tantôt, vous serez à la circonférence et vous ferez de l’adversaire le centre, tantôt, vous serez le centre, et il évoluera sur la circonférence. Ces mouvements circulaires ne seront pas seulement exécutés au plan horizontal, mais aussi à la verticale. Ce faisant, votre adversaire se retrouvera, à certains moments, comme s’il glissait sur une surface sphérique.

De toute façon, les mouvements circulaires sont ce qu’il y a de plus efficace pour dévier le pouvoir de l’adversaire. Grâce aux mouvements circulaires, vous pouvez facilement changer de direction sans vous arrêter contrairement aux mouvements exécutés en ligne droite. Vous pourrez aussi créer des mouvements en spirale. Vous pourrez, adroitement, déséquilibrer votre adversaire en utilisant les forces centripètes et centrifuges et exécuter les techniques. Il vous sera aussi possible d’enchaîner les techniques en utilisant la nature perpétuellement variable des mouvements giratoires. Voici des avantages majeurs de l’aïkido.

Ce qui a été présenté plus haut est un survol des sept principes qui constituent l’essence de l’art, les « secrets » de l’aïkido. Si vous en arrivez à maîtriser parfaitement ces principes de base et que vous pouvez les démontrer sans effort et rapidement, on pourra dire de vous que vous êtes devenu vraiment un expert.

Cependant, la maîtrise de la Voie de l’aïkido exige de s’engager, avec détermination, dans toute une vie d’étude et de pratique physique. Au moment où vous devenez prétentieux dans votre pratique votre technique se détériore. L’auteur de ces lignes se sait encore un novice. Parce qu’il n’y a actuellement qu’un petit nombre d’adeptes de l’aïkido, je souhaite ardemment que plus de jeunes gens s’y intéressent. Ils découvriront à la fois un art martial mystérieux et rationnel avec une profondeur inépuisable. Espérons qu’ils décideront de transmettre le véritable aïkido au Monde.

Chapitre 6, les techniques de l’aïkido

L’aïkido, c’est l’application au combat à mains nues de techniques dérivées du maniement du sabre. Il ne faut pas confondre la garde et celle qu’utilise le sport moderne appelé kendo. De plus, l’aïkido n’étant pas un sport de compétition, il ne peut être comparé au kendo.

(The full article is available for subscribers.)

Subscription Required

To read this article in its entirety please login below or if you are not a subscriber click here to subscribe.

Username:
Password:
Remember my login information.