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L’aïkido dans une période d’incertitudes

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par Midori Yamamoto

Aiki News #35 (January 1980)

Traduction française: Jocelyn Dubois

L’époque actuelle est qualifiée de “période d’incertitudes”. Dans un travail du même nom, l’économiste international John K. Galbraith réfléchit aux processus historiques de l’économie mondiale et des états qui ont fait que des idées philosophiques passées aptes à attirer la confiance telles que “la main invisible” d’Adams Smith ou “la mort du capitalisme” de Karl Marx, ont aujourd’hui cessé d’exister. Il continue en disant que la seule chose que l’on peut tenir pour certaine est que “… cette petite planète ne peut survivre à un échange nucléaire….” Aujourd’hui, alors que toutes sortes d’idées autrefois établies comme absolues se sont révélées fausses, que l’économie et les sociétés connaissent une transformation à l’échelle globale, que les religions et les idéologies perdent de leur attrait, on peut dire que l’humanité contemporaine vit dans un monde de changements incessants, totalement engloutie dans les vagues de “l’anxiété” et de “l’incertitude”.

La détresse humaine de notre époque reflète les phases déroutantes de notre société, incapable de trouver une idéologie sûre, et se diffuse aussi dans la littérature contemporaine. En tant qu’étudiante de littérature américaine, je remarque souvent dans le roman américain contemporain, des personnages qui, après s’être échappés des entraves du passé et avoir obtenu une grande liberté, ont uniquement renforcé leurs désirs sociaux, sexuels et matériels et qui sont si absorbés par leur recherche d’un bonheur extérieur qu’ils sont enfermés dans leurs propres désirs, tétanisés, des personnages qui agonisent, incapables de réaliser de nouvelles avancées dans leur développement personnel et de jeunes personnages qui errent sans but, dépourvus d’identité personnelle.

Par exemple, le professeur d’université qui apparaît dans “Le professeur de désire” (1977) de Philip Roth, est assailli par un sentiment de vide indescriptible, incapable de trouver l’amour idéal dans toute relation avec une femme. Un intense chagrin ressort dans le monologue durant lequel il déclare que le “voleur” qui part à la recherche de quelqu’un à aimer n’est au fond rien d’autre que son propre désir insatiable. Le personnage principal de l’ouvrage “Un rêve américain” (1964), de Norma Mailer, obtient un succès mondial, et pourtant il ne sait pas comment retrouver son équilibre intérieur, excepté en éliminant l’obstacle extérieur par une action violente (le meurtre de sa femme). L’image sur la couverture du livre, un sac en papier bourré d’un assortiment de télévisions, d’un drapeau, d’une voiture en modèle réduit, de whisky, de provisions, d’un pistolet et de bijoux suggère des conditions sociales cauchemardesques et pleines de pouvoir, de désirs matériels, de sexe et de violence. Dans la nouvelle de Jerzy Kosinski, les noms des protagonistes sont vagues, et les personnages ne savent pas clairement qui ils sont. Ce sont des étrangers qui n’appartiennent à aucun système social ; ils avancent seuls dans l’indifférence et l’amoralité, sans aucun objectif précis, dans un monde dont la réalité, à l’origine considérée comme sécure, était passée par la turbulente période des années 60, avait atteint une phase de confusion et d’illusion et qui dans un sens était devenue surréaliste.

Il semble que de nombreux personnages de ces romans modernes ont en commun le fait d’être contrôlé par des situations extérieures, désirent un bonheur venant de l’extérieur et en sont dépendants ou y souscrivent ; il leur manque une démarche d’introspection qui leur permettrait de vivre suivant une discipline intérieure et de se réaliser au présent dans cette période imprévisible où “tout est possible”. Ce manque d’introspection se ressent cruellement dans la société. Particulièrement à l’avènement des années 70 en Amérique, alors que les jeunes cherchaient ardemment “des repères et des valeurs solides et porteuses de sens”, le zen, le yoga et d’autres formes de mysticismes orientaux commencèrent à attirer l’attention. Toutefois, l’intérêt pour ces disciplines était généralement caractérisé par une mentalité protestataire avec de profondes implications anti-rationnelles, anti-commerciales et anti-intellectuelles. Malheureusement, on ne peut dire que le sens positif de cette spiritualité orientale soit suffisamment compris. Le Zen ne doit pas être pris uniquement comme l’anti-thèse de la culture occidentale ; certes, sa préoccupation fondamentale est le concept “d’être soi-même” et de “l’existence de chacun en tant qu’être libre et indépendant” qui peut être considéré comme le cœur de la culture d’aujourd’hui. Tout cela pour dire que je pense que le zen et l’aïkido, qu’on appelle “zen en mouvement”, peuvent certainement apporter une contribution plus importante dans la vie de nos contemporains en tant que disciplines de vie fondamentales ou plutôt en tant que modes de vie faits de pratiques sincères, de telle sortes que les individus puissent s’essayer au développement personnel en laissant une grande place à leurs désirs et à leur aptitudes, tout en menant une vie épanouissante.

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