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Une vie consacrée à l’aïkido, deuxième partie

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par Gozo Shioda

Aiki News #79 (January 1989)

Traduction française: Guy LeSieur

Les chapitres qui vont suivre sont tirés d’Aikidô jinsei (Une vie consacrée à l’aïkido), l’autobiographie de Gozo Shioda. Ces extraits sont reproduits avec la gracieuse permission de l’auteur et de sa maison d’édition, Takeuchi shoten shinsha.

L’entraînement au dojo Ueshiba

Maître Ueshiba avait l’habitude de dire « soyez honnête et ayez une confiance aveugle envers votre professeur ». Ainsi, par respect pour son maître, un élève devrait être prêt, et sans aucune hésitation, à manger des excréments si celui-ci le lui demandait. Ueshiba sensei était d’avis que ce genre de médecine s’avérerait très bénéfique à long terme pour le disciple. Évidemment, l’exemple donné est extrême, mais il démontre très bien le degré de confiance qu’un élève devrait avoir envers son maître. Jour après jour, j’ai répété la même routine en m’appliquant.

Ueshiba sensei était un homme très religieux. Il considérait M. Onisaburô Deguchi, de la religion Ômoto, comme son maître spirituel. M. Deguchi représentait pour lui un maître qui lui permettrait d’acquérir un pouvoir inépuisable. C’est pour cette raison que les services religieux quotidiens du matin et du soir de Ueshiba sensei étaient des événements majeurs. Il commençait ces cérémonials en récitant des prières shintoïstes et, ensuite, il rendait grâce aux kamis ou divinités, en commençant par la Déesse du Soleil et les kamis de l’eau et de l’herbe. L’ensemble du rituel durait environ une heure trente. Ueshiba sensei était particulièrement strict à l’égard des kamis. En fait, le moindre accroc des étudiants au rituel quotidien provoquait sa colère. Ce n’était qu’un des aspects du très dur entraînement que nous devions subir. Personnellement, je ne parvenais pas à croire aux kamis et je ne faisais que singer mon maître.

Durant l’une de ses conférences, Ueshiba sensei a dit : « L’homme est un temple de chair où résident les kamis. Nous avons le devoir de toujours garder notre corps pur pour recevoir les enseignements des kamis ». Cela, pour moi, c’était vrai. J’ai aussi fait quelques recherches personnelles sur la nature de l’aïkido. Par exemple, je m’étais procuré un poisson rouge que j’avais placé dans un bocal, et pour étudier ses réactions, je tapotais légèrement sur le bocal. Une autre expérience à laquelle je me suis livré consistait à suspendre un bâton au plafond de ma maison au-dessus d’un endroit où je passais souvent. Si je ne faisais pas attention, il me frappait. C’est ainsi que j’étais toujours conscient du positionnement de mon corps de son déplacement dans l’espace. J’ai aussi développé l’habileté à n’offrir aucune ouverture à l’ennemi et à aiguiser mon intuition.

Un entraînement sévère

Une fois par année Ueshiba sensei organisait un entraînement intensif à l’extérieur pendant l’été. Cet intensif se déroulait d’ordinaire dans la ville de Takeda non loin de celle de Himeji dans la préfecture de Hyogo. Une quarantaine d’uchi deshi (disciples en résidence), prenaient part à cet intensif qui durait une vingtaine de jours.

Le programme de la journée commençait à cinq heures par la récitation de prières durant une heure trente. Puis, des rituels de purifications étaient exécutés durant une autre heure. Après le petit-déjeuner, il y avait un entraînement qui débutait vers dix heures pour se terminer vers midi. Une période de repos de deux heures suivait le déjeuner. L’entraînement reprenait à quatorze heures pour se terminer à dix-huit heures. L’intensif se déroulait exclusivement à l’extérieur. C’était vraiment pénible et sévère.

M. Tsutomu Yakawa, l’un des uchi deshi de l’époque, était un homme d’une grande force physique. Il pouvait facilement lever une pierre de meule japonaise d’une seule main pendant qu’il était étendu sur le dos. Un jour, Yakawa décida de tenter de déraciner un arbre d’environ dix centimètres de diamètre qui se trouvait dans le jardin de la résidence. Malgré des efforts qui lui avaient empourprés le visage, il n’avait pu déraciner l’arbre apparemment bien ancré au sol. Ayant observé les efforts infructueux de son élève, Ueshiba sensei s’exclama : « Yakawa, que fais-tu ? Allez ! Laisse-moi essayer ! » Il enserra l’arbre dans ses bras et l’instant d’après l’arbre était déraciné. Même Yakawa devait admettre sa défaite devant cet exploit. J’avais moi-même été témoin de la facilité avec laquelle le maître avait déraciné l’arbre alors, je tentai d’en faire autant. Ayant trouvé un arbre de même dimension, je fus incapable de le faire bouger. À l’image de l’expression courante, il était « bien enraciné dans le sol ». Ce haut fait parmi d’autres prouve à quel point le maître était un être extraordinaire. On le surnommait le « kami protecteur » et ses exploits dépassaient ce qui était à la portée du commun des mortels.

Attaque avec une vraie lance

Un jour, alors qu’il se trouvait à Takeda, Ueshiba sensei reçut la visite d’un procureur du ministère public. Alors qu’ils avaient une plaisante conversation dans une pièce de quatre tatamis et demi, Ueshiba sensei demanda à l’un de ses élèves de l’attaquer de toutes ses forces avec une vraie lance. Le maître portait pour l’occasion un kimono de cérémonie en soie. La pièce était très étroite et la distance de combat s’en trouvait d’autant plus réduite. L’élève avait reçu l’ordre d’exécuter l’attaque avec vigueur. Le maître devait donc éviter celle-ci instantanément. Au moment de l’attaque, le maître ouvrit son corps et évita la lame. Cependant, la pointe de la lance trancha une partie de la manche du kimono du maître qui tomba à terre en tourbillonnant. L’épouse du maître, ayant été témoin de la scène, lui demanda poliment d’arrêter. Ceci mit un terme à cette pratique pour le moins audacieuse. Sans que son habituelle expression de gentillesse ne change le moindrement, il dit : « Qu’importe sa vitesse, l’attaque ne peut toucher mon corps. La lance m’a épargné ». Ces paroles n’étaient vraies que parce que le maître était un homme exceptionnel. S’il avait été un homme ordinaire, comme nous tous, il aurait été embroché. J’ai une réserve presque inépuisable d’anecdotes de ce genre à propos du maître.

À cette époque, Ueshiba sensei enseignait la moitié du mois à Osaka et l’autre moitié à Tokyo. C’est à l’époque du Club Sumitomo que les premiers entraînements à Osaka se déroulèrent. Grâce au marquis Toshitame Maeda ⎯ un Lieutenant général de l’armée qui avait étudié au dojo d’Ueshiba sensei et mort en service à Bornéo⎯ parent par alliance de la famille Sumitomo le nom d’Ueshiba sensei parvint aux oreilles de M. Matsune Ogura. Ce dernier était un membre très influent de l’organisation Sumitomo. Ce qui fit que beaucoup d’employés de l’organisation ont participé aux cours d’Ueshiba sensei qui se donnaient au Club Sumitomo situé à Horifune-cho.

Ueshiba sensei a aussi enseigné aux employés de la compagnie des Autobus Bleus d’Osaka et à des réservistes de l’armée. Il a aussi enseigné à plusieurs instructeurs gradés de budô dont Koga sensei un maître de kendo de du poste de police de Shimanouchi d’Osaka. Le dojo d’Ueshiba sensei à Osaka est toujours situé à Suita. Lorsqu’Ueshiba sensei ne se trouvait pas à Osaka, c’est Rinjirô Shirata qui était chargé de l’enseignement. Tsutomu Yakawa, aujourd’hui décédé, donnait des cours à plusieurs endroits dans Osaka particulièrement au dojo des forces spéciales de la police.

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