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Pourquoi est-ce différent dans la rue?

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par E.C. Estrella

Published Online

Traduction française: Frédéric Lemaitre

“Mais je fais les choses différemmenet dans la rue et au dojo.”

Combien d’entre nous qui vivent ou travaillent dans des environnements physiquement menaçants disent que quand ils font quelque chose dans le dojo, dojang, kwoon, etc. ce n’est pas la même chose que dans la rue? Combien d’entre nous essaient de pratiquer une technique sur un partenaire qui contre avec quelque chose qui n’est pas de “l’Aiki”? Savons nous comment réagir?

La citation ci-dessus m’a été faite il y a très peu de temps par un camarade judoka qui se trouve être un policier très habile dans le centre de la Floride. Je suis bien au courant en tant qu’ancien policier et qu’entraineur de police de ce qu’est son entrainement, et je sais qu’il apprend bien. Malheureusement, il se fait l’écho d’une vérité qui, je le sais en tant qu’entraineur professionel, peut être mortelle. La règle NUMERO UN de presque toutes les situations de vie et de mort est que bon ou mauvais, on se replie TOUJOURS sur son entrainement. Cela a été démontré bien des fois “dans la rue” et malheureusement, tous les “gentils” n’ont pas survécu pour raconter leur histoire.

L’Aikido est unique parmi les “arts martiaux” en tant qu’ “art de paix”. Plutôt que d’essayer de maximiser les dégats ou même de maitriser, l’aikidoka aide son “partenaire” à parvenir à la paix, ou comme le dit l’Aikikai, unifie le corps et l’esprit. Les officiers de maintien de l’ordre ou le personnel de sécurité qui ont autorité et/ou mandat à maitriser des individus choisissent souvent l’Aikido comme alternative à des arts plus virulents afin de réduire les responsabilités personnelles et civiles et pour augmenter leur chance de survivre à un affrontement sans avoir recours à des moyens mortels. Cependant, les techniques d’Aikido, même si réalisées convenablement, ne prennent peut-être pas en compte des choses comme les armes à feu (pas celles des agresseurs mais plutot celle des officiers), les matraques, les produits chimiques (MACE, OC, etc.) et ainsi de suite. Inversement, combiner des techniques d’Aikido traditionnel à des techniques modernes de police ne fonctionnerait probablement pas, puisque la plupart de ces techniques vont à l’encontre de l’ “écoulement” et de l’ “esprit” de l’Aikido. Par exemple, la rencontre récente que j’ai eue avec mon ami policier sur le tapis débuta par une combinaison de prise de gorge et d’arme à feu que j”effectuais (il est droitier, donc ma main gauche attrapa son avant-bras et ma main droite sa gorge). Il enclencha immédiatement une technique d’aiki, puis bifurqua à mi-parcours sur une clé protectrice pour son avant-bras (pour des questions de sécurité, je ne décris pas la technique en elle-même). Bien qu’il sécurisa temporairement son arme, il avait oublié que j’étais encore sur sa gorge et je lui rappelai en l’étranglant, lui faisant oublier sa main armée.

Maintenant je sais ce que beaucoup d’entre vous pensent… c’est seulement le dojo. Malheureusement, ce qu’il et beaucoup de lecteurs ont tendance à oublier et que si vous pratiquez l’Aikido, c’est pour l’harmonie et que si vous employez des tactiques défensives c’est pour le travail policier dans la rue*. Maintenant, avant de déclencher une révolte parmi les policiers aikidoka me lisant, remémorons quelque chose que j’ai dit plus haut. “La régle NUMERO UN de presque toutes les situations de vie et de mort est que bon ou mauvais, on se replie TOUJOURS sur son entrainement”. Si vous êtes un policier pratiquant l’Aikido, vous disposez d’un arsenal INCROYABLE de clés et redirections que vous pouvez utiliser et qui sont aussi très traditionnelles. Si vous oubliez de penser à la sécurité de l’arme (ou que votre instructeur ne sait pas et accomode vos seuls besoins), vous avez des chances de finir comme le meilleur aiki-flic mort à la ronde.

Maintenant que je vous ai jeté un peu d’eau froide, laissez moi vous donner une peu d’espoir - dans le but qu’en tant que flic (ou civile légalement armé, militaire, etc.) vous ne pensiez pas que tout est perdu. Il apparait que l’ “écoulement” de l’Aikido peut TRES FACILEMENT être adapté au maintien de l’ordre (comme peuvent en attester beaucoup d’instructeurs d’Aikido) du moment que vous vous entrainez pour ça. Cela signifie que, au moins pour un moment, il y a une nette possibilité que l’ “art de paix” devienne l’ “art du mantien de soi” (mais n’est-ce pas la même chose?). Par exemple, la prochaine fois que vous serez forcées de faire face à un coup aérien avec shomenuchi iriminage, essayez de mélanger une technique de poignet et (si vous y êtes autorisé) une technique de menotage. Pourquoi ne pas transformer cette combinaison de prise de gorge et d’arme en jugjigarame ou une tehcnique comparable et ensuite menoter? En d’autres termes, travaillez avec votre entrainement, pour que quand “cela” arrive, vous soyez mieux préparé. Ainsi, vous ne devez pas abandonné l’Aikido en tant qu’utile dans le travail policier.

Gardez à l’esprit que ce ne sont que des suggestions et que si vous faites partie des forces de l’ordre, vous devez demander conseil à votre instructeur de police et à votre instructeur d’Aikido. Si l’un ou l’autre n’est pas réceptif, n’ayez pas peur d’effectuer vos propres recherches, en gardant à l’esprit que vous devez suivre les règles de votre département et serez tenu responsable de techniques non approuvées. C’est une honte de s’inquiéter de la “légalité” du self defense mais pour un policier, c’est un fait.

“Entrainez le comme vous voulez qu’il soit”, citation de Bob Elder, 5ème dan Toyama Ryu (et très vraisemblablement de beaucoup d’autres instructeurs). Voici une bonne devise pour les hommes et femmes qui affrontent le danger et qui doivent s’entrainer dur. Quand il en arrive à combiner les tactiques de maintien de l’ordre et l’Aikido, l’étudiant/officier doit s’entrainer au dojo, avec tout respect pour la beauté et l’harmonie de l’Aikido, comme Ueshiba O-Sensei, Takeda Sokaku et tous les autres qui étaient dans l’obligation de savoir comment “protéger quelqu’un”, pas seulement de réaliser une “danse joyeuse”.

Prenez soin de vous!

Remarque

Je sais que beaucoup ne vont pas être d’accord avec ce qui précède - je ne suis moi même pas d’accord selon mon humeur. Cependant le fait est que, malgré qu’on puisse arguer que l’ “Aikido vivant” permettrait de diffuser une situation dangereuse avant qu’elle ne le devienne, nous sommes rarement capable de maintenir cet état de calme en présence d’un pistolet ou d’un couteau dans les mains d’un individu dérangé. Cela (on peut l’espérer) vient avec du temps, plus d’entrainement et une introspection positive.

A propos de l’auteur

M. Estrella est un technologue, formateur et conférencier, spécialisé dans les questions de technologie au sein de tribues et organisations indiennes d’Amérique. Il est également étudiant de toute une vie dans les arts martiaux et est actuellement étudiant en Toyama Ryu Iaido, Nakamura Ryu Battodo, Icho Ryu et Daito Ryu. En plus de cela, c’est un policier diplomé, formateur en tactiques défensives et ancien commissaire. Il a écrit pour l’Aikido Journal et d’autres publications d’art martiaux et peut être contacté à : cestrell@email.com