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Shihan William Smith

par Mark Walsh

Published Online

Traduction française: Emmanuelle Perret-Davias

Shihan Smith (Sensei dans la suite de l’article) est né dans le centre de Birmingham le 1er juillet 1929. Il a vécu, « au fond d’une cour » dans un endroit qui était « dur mais vous ne le saviez pas à l’époque », dans une maison uniforme d’avant-guerre avec un seul cabinet de toilette extérieur pour 3 maisons. Avant dernier d’une fratrie de 6 frères et sœurs, il alla à l’école catholique de St Thomas (plus tard bombardée) où il fut enfant de chœur. A 11 ans, il fut évacué vers la campagne, comme beaucoup d’autres de sa génération, pour échapper aux bombardements allemands. Il resta à Bromsgrove avec M. Roland, le secrétaire du club de football local, ce qui faisait bien l’affaire du jeune M. Smith qui était un sportif assidu. Mais son père était un homme aimant et ses enfants lui manquait, il avait été envoyé dans différents endroits du pays (en un temps où le voyage et la communication étaient beaucoup plus difficiles qu’aujourd’hui), il les ramena donc vivre à Birmingham. Là, leur maison fut bombardée mais Sensei et sa famille ont survécu parce qu’ils étaient dans l’abris anti-aérien à ce moment-là, parmi de nombreux voisins. Malheureusement, le frère le plus âgé de Sensei mourut pendant la guerre. Sans abri pendant un certain temps, la famille Smith dormit dans des lieux variés tels qu’allées d’Eglise, jusqu’à ce qu’elle trouve un foyer dans la région de Black Country, à l’endroit de la maison actuelle de Sensei, qu’il a construite, près du Renshinkan. C’était avec « le grand-papa Sam », un homme qui a travaillé avec le père de Sensei sur les barges de débarquement du Jour J, et qui n’avait pas de famille. Au cours des années, cet homme en est venu à être considéré comme un membre de la famille Smith, un sentiment dont beaucoup d’étudiants de Sensei sont peut-être familiers. Mais sans eau courante, ni gaz ou électricité, les temps étaient durs et la mère de Sensei cuisinait sur un feu de bois.

Le bombardement de la maison des Smith à Birmingham est maintenant décrit par Sensei comme « la meilleur chance de sa vie », puisque cela l’a rapproché de la future Mme Smith qu’il a rencontré quand ils avaient tous les deux 14 ans (un an avant la fin de la guerre). Ils se sont mariés à 21 ans et sont restés dévoués l’un à l’autre jusqu’à ce jour.

Sensei, je crois que vous avez fait de la boxe avant l’aïkido ?

Eh bien, la famille toute entière était composée de boxeurs. Je me souviens qu’il y a toujours eu des gants et des sacs dans la maison. Le frère de ma mère et mon père étaient d’assez célèbres boxeurs. Ce dernier était invaincu lorsqu’il est mort du diabète à l’âge de 34 ans. Il y avait des champions des forces armées dans la famille et mes frères étaient des boxeurs. Mon père, je pense, a boxé pour de l’argent durant la dépression pour garder la famille OK. Je suis né avec ça ; nous avions tous des gants.

A 16 ans, j’allais être managé professionnellement par un policier militaire de Bristol – M. Chilcott. Mais (la future) Mme Smith m’a demandé d’abandonner, alors je l’ai fait. Cela a causé une petite tension entre elle et ma mère pendant un certain temps !

Quand et où avez-vous commencez à étudier l’aïkido ?

J’avais 32 ans mais j’avais été un PTI [Physical Training Instructor (instructeur d’éducation physique - NdT)] avant ça et j’avais été impliqué dans beaucoup de sports. Le premier endroit où j’ai pratiqué était Coventry Road, avec M. Ralph Reynolds. Il est toujours un grand ami et me téléphone chaque semaine. C’était plus ce que l’homme disait que ce qui était fait, « harmonie, chemin de vie, pas de haine, pas de revanche, pas de jalousie, pas de mensonge » que j’aimais. Cela allait bien avec la façon que j’avais de vivre avec mon église. Le dojo était dans le quartier central de la ville et comme nous allions au pub après la pratique, il y avait des bagarres presque toutes les nuits bien qu’elles n’impliquaient pas les aikidoka, vous comprenez.

Le premier Japonais que j’ai vu était un homme nommé M. Nakazano, qui était venu de Paris pour donner des cours. C’était autour de 1962 lorsque j’ai commencé. Mais avant que Sensei Chiba vienne en 1966/67, nous n’allions pas vraiment au fond de l’aïkido. Malheureusement M. Reynolds et M. Chiba se sont fâchés, ils avaient un assez grand désaccord. Un ami à moi, M. Bushell, et moi-même, voulions continuer à pratiquer avec Sensei Chiba (alors un jeune 5è dan), la différence entre ce qu’il faisait et ce que nous faisions était comme le jour et la nuit, nous sommes donc allés voir M. Reynolds qui nous a donné sa bénédiction. En fait, il nous a vendu quelques tatamis et nous avons commencé à West Heath, dans l’une des maisons de Michael Cadbury (le fondateur de la société de chocolats) qu’il avait donné à la communauté. Nous y avons débuté l’entraînement en 1968 environ. C’était notre premier dojo et nous l’avons toujours, M. Douras donne les cours maintenant. C’est un très joli lieu et Sensei Chiba y a suivi des cours.

Nous apprenions alors mais à cause de la situation - il n’y avait pratiquement aucun gradé en dan dans la région, seulement deux je pense - nous enseignions trop tôt et certains d’entre nous développaient de mauvaises habitudes. Mais la plupart d’entre nous, s’ils étaient dévoués, réalisaient ce qu’ils faisaient et y revenaient à travers les stages d’été et les séminaires.

Pouvez-vous me parlez de votre instructeur Sensei Chiba ?

Je pense que c’est M. Cottier, un grand ami à moi, qui disait que Chiba avait 3 ans pour organiser les lieux. Mais, bien sûr, il est resté 10 ans, et la plupart du temps, il n’était pas avec sa famille, sa femme et son enfant, donc il était vraiment dévoué et a fait un très grand travail. Malheureusement, l’Est et l’Ouest ne se sont pas toujours vus les yeux dans les yeux et bien que personne n’eut pu travailler plus dur, le taux de réussite était… comment puis-je le dire sans être péjoratif, puisqu’il a eut quelques bons étudiants, vraiment dévoués comme lui, mais l’Est et l’Ouest ne se sont pas toujours accordés autant qu’ils auraient dû peut-être.

Est-ce que c’était un enseignant sévère ?

Il l’était, mais il était aussi sévère avec lui-même qu’il l’était avec nous. Il était vraiment dévoué. Chaque jour il vivait, respirait et mangeait l’aikido. Pas de temps pour les vacances et sa seule vraie relaxation était après la pratique, lorsque nous allions au pub. Mais tout en disant cela, il est resté dans ma maison plusieurs fois au cours des années, nous mangions et buvions ensemble, et nous avons eu des conversations vraiment formidables. Bons souvenirs ensemble. Sa passion est l’aikido et ses étudiants, tout le temps. C’est un homme vraiment spécial et comme dit M. Cottier, il est plus apparenté au 17è siècle qu’à celui-ci. C’est un vrai Japonais, de tous points de vue, manières, culture… et ce sont les gens comme lui qui garderont cette culture vivante ; comme la notre elle meurt rapidement, et les hommes comme moi, j’espère, garderont la notre vivante. Nous essayons de nous comprendre mutuellement tout le temps.

Est-ce que quelqu’un d’autre vous a influencé au commencement de votre étude de l’aïkido ?

M. Bushell*, quand nous avons commencé. Nous n’avions pas l’intention de fonder une association. Nous sommes allés aux cours de Sensei Chiba et avons ramené ce que nous pensions avoir vu, mais, bien sûr, nous l’avions vu au travers de regards différents. Les gens sont venus nous voir pour ce peu de connaissances que nous avions, et c’est comme cela que cela a grandit. Donc, bien sûr, je dois remercier M. Bushell, et M. Jones* qui a commencé tôt, il a toujours été avec moi depuis. M. Douras et M. Wilks pendant plus de 30 ans, Alan Roberts et, bien sûr, mon fils*. Il a toujours, toujours, toujours été derrière moi. Dans les premiers temps, on lui a dit qu’il n’aurait jamais à passer un grade, il voulait juste être l’un des garçons et il l’a toujours été. Ils ont tous été d’une grande aide. Il y a aussi certaines personnes qui ne pratiquent plus maintenant, dont l’un de mes meilleurs amis, un Irlandais nommé Pat Earley, qui, à cause des circonstances… son travail, les voyages, ne pratique pas. [C’est] un grand ami et il vit sur le chemin de l’aïkido même s’il ne s’entraîne pas. Il garde les principes de l’aïkido : pas de jalousie, de haine ou de vengeance. Il travaille avec M. Aston, un bon ami. Ils se sont rencontrés en pratiquant l’aïkido et ont commencé à travailler ensemble. Ils ont fait un long parcours ensemble, tout cela au travers de l’aïkido.

Est-ce qu’il a été difficile pour vous, à travers les ans, de continuer la pratique de l’aïkido avec votre travail et vos autres engagements ?

Quand j’avais un travail [une association de bouchers] c’était difficile, mais Chiba comprenait cela, curieusement. Vous ne pouvez pas toujours prendre du temps pour vous quand vous le désirez, donc bien que je participais à la plupart des cours d’été, je ne pouvais être là que pour quelques jours. J’étais vraiment reconnaissant que Sensei Chiba le comprenne, mais j’essayais de participer à tous les séminaires possibles.

Après que Chiba soit retourné au Japon et ensuite en Amérique, il nous a demandé de rester avec Sensei Kanetska et la BAF et nous l’avons fait jusqu’à ce que Chiba nous demande de partir et de démarrer notre propre association.

Pour clarifier ce que vous m’avez dit avant : Sensei Chiba a démarré l’Aikikai de Grande-Bretagne (AGB) dont l’Aikikai des West Midlands (WMA) faisait partie. Plus tard, l’AGB est devenu la Fédération d’Aïkido Britannique (BAF) (directeur technique actuel Minor Kanetsuka, 7ème dan so Hombu) et l’UKA a été formé à partir du WMA et d’autres clubs. L’Aïkikai Britannique a été formé ensuite à partir de clubs de l’UKA qui souhaitaient rester affiliés directement à Sensei Chiba.

C’est cela, ce qui s’est passé c’est que Kanetsuka était un étudiant Japonais de Chiba à Londres et quand Chiba est parti à l’étranger, il lui a laissé sa place. Kanetsuka a trouvé sa propre voie, qui était un peu différente, malheureusement il y a donc encore eût des confrontations. Nous avons essayé de trouver une façon d’harmoniser mais, en fin de compte, nous avons décidé que nous devions partir… avec l’aide de Chiba. Mes étudiants et moi, tous les gens que j’ai mentionné, sommes restés à [l’Aikikai] Hombu dojo tout le temps, nous n’avons jamais quitté le Hombu dojo. C’était le souhait de Chiba que nous restions au Hombu dojo et nous l’avons fait [menant à une double reconnaissance par l’IAF dans un pays pour la première fois]. Nous avons des clubs en Serbie, Grèce et en Australie maintenant.

Vous avez gardé les contacts avec le Hombu Dojo, par exemple avec Sensei Kobayashi au stage d’été l’année dernière ?

Oh oui, le Japon est le pays mère, c’est là qu’il a été créé. Qui sait quelles étaient les pensées d’O’Sensei quand il l’a créé et qu’il l’a trouvé assez difficile à transmettre. Nous essayons de faire cela, transmettre le chemin de la vie, toujours pratiquer avec gentillesse… Y parvenons nous ? Je pense que oui dans un certain sens, mais les gens ne semblent pas avoir de temps pour se dévouer à quelque chose comme ils en avaient dans le passé. Il y a tellement à faire pour eux maintenant. Par exemple, quand j’ai commencé, il y avait peu de télévisions ou de bowlings et je ne suis jamais allé dans un nightclub ! Et maintenant, les gens sortent quand nous rentrions à la maison, 11 – 12h et ils restent au lit jusqu’à 11, 12h. Le style de vie moderne est vraiment difficile pour un aïkidoka puisque vous devez être très discipliné. La discipline commence sur le tapis, le dojo est comme une église. J’ai toujours été religieux, comme ma femme, et on doit le traiter de la même manière. Pas d’irrespect envers les personnes, il y a beaucoup de bonnes personnes mais la vie est simplement différente maintenant à ce qu’elle était.

Avez-vous des espoirs pour l’UKA ou l’aïkido en général dans l’avenir ?

J’espère continuer. J’ai peur qu’à cause de la British Aïkido Board (BAB)*, qui laisse beaucoup à désirer, il y ait un long chemin à faire pour l’unité. Je crois que l’unité avec les Japonais et le Hombu dojo est le seul vrai chemin à prendre pour le futur – Là, il y a une certaine forme d’entraînement unifié. Parce que ces temps-ci nous voyons ce que certains appellent aïkido, mais qui ne pourrait pas être plus éloigné du véritable sens de celui-ci, de la façon dont je le vois en tout cas. Je ne veux pas être préjudiciable puisqu’il y a en dehors de l’aïkikai d’excellentes personnes qui pratiquent, mais aussi, d’un autre côté, il y a un plus grand nombre de personnes pratiquant un mauvais aïkido et qui ont perdu la culture, le respect et par-dessus tout l’étiquette. C’est la forme la plus importante d’autodiscipline. Je vois des gens boire sur le tapis, aller aux toilettes sans chaussures, sortir et entrer sans demander la permission à leur Sensei, des choses comme cela. Seulement pour se satisfaire eux-même mais en aïkido vous ne pouvez pas vous complaire personnellement. Vous devez montrer du respect, c’est la base.

Les liens avec Hombu… C’est comme les sports qui ont débutés ailleurs. La boxe était présente aux anciens Jeux Olympiques et a continué, malgré sa prostitution à différents niveaux. Le « noble art de l’auto-défense » a été introduit par Lord Lonsdale en Angleterre et est, maintenant, répandu dans le monde, de même pour le cricket. L’Angleterre fut le pays mère bien que nous soyons battus à ce sport de temps en temps. [sourires].

J’aimerais que vous nous parliez des deux honneurs qui vous ont été accordés assez récemment : votre MBE* en 2002 et le titre de Shihan reçu en 2003 ?

Les deux furent une grande surprise. Le MBE… Eh bien j’ai été royaliste toute ma vie… Rencontrer la reine et cela pour l’art que j’aime, ce fût une partie importante de ma vie, de la vie de ma famille toute entière, ce fut vraiment merveilleux. Voir la reine avec Mme Smith, Philip et Diane [les enfants de Sensei], avoir ses mains posées sur vous, l’entendre vous poser toutes ces questions sur l’aïkido. Elle connaissait l’aïkido ! Bien qu’il y ait 100 personnes investies ce jour-là, elle a parlé à chacun du sujet pour lequel ils étaient là. Evidemment, une dame très déterminée et très dévouée, comme nous en avons parlé. Dévouée à sa culture et à ses sujets.

La statut de Shihan fût une surprise. Je pense que M. Roberts, un grand ami et le secrétaire de l’UKA, a été l’instigateur. Il y avait d’autres aikidoka impliqués qui ont supporté la promotion.

L’affaire du Shihan était une recommandation par des gens de l’aïkido, le MBE était une recommandation de personnes telles que mon docteur, le Maire de Birmingham - qui m’a présenté avec une statue de samouraï pour 40 années d’enseignement – des gens du coin.

Voulez-vous parler de votre famille vis-à-vis de l’aïkido ?

Philip pratique depuis ses 8 ans environ, je pense, il est dévoué et fait tout ce qu’il peut faire avec sa vie de famille. Ma femme m’a soutenu dans chaque chose que j’ai entreprise, elle m’a supporté dans tout ce que je voulais faire. Quelque fois sans comprendre totalement… Ma fille m’a soutenu également, toute ma famille, mes cousins et mes sœurs m’ont tous supporté et sont fiers de moi. Je suis un type très chanceux puisque j’enseigne toujours à mon âge, et d’autant plus. Nous avons toujours été une famille très proche vous voyez, donc nous vieillissons ensemble avec grâce.

La famille est quelque chose qui est, visiblement, important pour vous. Vous avez mentionné précédemment que dans l’UKA vous essayez de créer un aïkido qui soit compatible avec la vie de famille.

C’est vrai, pas seulement moi, M. Jones et tous les seniors – M. Haywood, M. Burrows, M. Brady – sont tous des gens avec une famille, un travail et de grands aikidoka. Le Shidoin essaye de créer une pratique de l’aïkido qui soit compatible avec la vie de famille… jusqu’à un certain point. Bien sûr, quand vous être instructeur vous avez des responsabilités en tant que professeur et quelque fois ceci est en rupture avec les choses familiales. Il y a de grands sacrifices à faire à des moments donnés mais nous essayons de les rendre compatibles. Ce week-end par exemple, je donne des cours à l’UKA le matin et ensuite, l’après-midi, je vais au repas du 60ème anniversaire de la femme d’un de mes élèves. Je la connais depuis 30 ans.

Est-ce que l’aïkido a affecté votre vie ou vous en tant que personne d’une quelconque manière ?

L’aïkido a fait de moi une meilleure personne, il n’y a pas de doute là-dessus. Je suis un homme très chanceux, puisque ma femme et moi avons été associé à l’église [Méthodiste] toute notre vie. Les choses que nous pratiquons et enseignons en aïkido sont virtuellement les mêmes que nous tenons pour chères dans notre chapelle. Il n’y a pas de contradiction mais nous ne sommes certainement pas des fanatiques de la Bible : nous aimons sortir le soir et ce genre de choses. Les principes sont les mêmes.

Avez-vous une philosophie d’entraînement particulier en aïkido ?

Non, enfin… si vous essayez d’enseigner le respect des autres et de vous-même, vous avez seulement à répondre à une personne. Vous êtes cette personne, homme ou femme. Vous vous dîtes à vous-même : « Est-ce que je ne vais pas au club pour cette raison ou celle-ci ? Suis-je en train de m’inventer une excuse parce que je suis un peu fatigué, ou peu importe quoi d’autre, ou est-ce que je n’y vais pas pour une véritable raison ? » Ici doit être l’engagement. Pas d’engagement, pas de plaisir ou d’accomplissement. Vous pouvez seulement obtenir un résultat en étant dévoué et en faisant ce que vous avez à faire. Certaines personnes ont à en faire plus ou moins que d’autres pour passer des grades ou peu importe quoi, mais les échelles sont là pour être grimpées, pour y parvenir, pour vous-même et les autres. Vous ne pouvez pas obtenir le respect des autres si vous ne vous respectez pas vous-même.

Vous avez dit précédemment que vous ne compreniez pas toujours ou tout comme, lorsque les gens parlent de la spiritualité de l’aïkido ?

Oui, certaines personnes peuvent s’asseoir sous une chute d’eau, ou fixer la flamme d’une bougie et trouver une sorte de contentement à en tirer. Maintenant, je ne sais pas si c’est parce que j’ai été un homme d’action, au travail et dans le sport, toute ma vie… Je peux le faire, cela ne me rend pas nerveux mais cela ne me donne rien de proche de la satisfaction [telle que j’en ai quand je vois] un étudiant s’améliorer parce que j’ai travaillé dur avec eux. Ce n’est pas toujours une réussite, quelque fois un étudiant part pour une raison quelconque, mais si c’en est une, c’est mon plaisir et mon contentement. Bien sûr, pas seulement en aïkido, avec ma famille aussi. J’ai un petit-fils qui se marie, si je peux l’aider de quelque façon que ce soit, cela me donne une bonne part de satisfaction. Pas l’hypnotisme ou les choses comme cela, je pense que cela va un peu trop loin.

Etes-vous satisfait d’être l’une des principales personnes d’une assez vaste organisation ?

Oui, je suis vraiment heureux. M. Jones, M. Roberts et les autres gars, prennent soin de la plupart des choses. Je m’assoie aux réunions mais la plupart du temps, j’enseigne seulement quatre fois par semaine [au Reshinkan] ce qui me va très bien. Je participe aussi à des séminaires et autres choses dans le genre.

Puis-je vous interroger à propos de quelques aspects techniques de l’aïkido ?

Eh bien, vous êtes vous-même à la fin du jour, de n’importe quelle façon que vous l’entendiez. Certaines personnes considèrent l’aïkido d’une façon agressive, d’autres sont plus coulants et vous ne pouvez pas combattre votre nature. Vous êtes ce que vous êtes, et ce que vous êtes est ce que vous faites 9 fois sur 10 bien qu’il y ait une vie de famille et l’éducation également.

Que se passe-t-il au niveau des techniques d’aïkido pour moi ? A chaque fois que je vois un Shihan du Hombu dojo, je pratique ce qu’ils enseignent. Toujours, toujours, j’essaye de garder les bases, comment il est né, mais, bien sûr, je trouve un chemin pour faire irimi nage plus facilement que d’autres, et quelque fois, je sens que certaines bases et techniques sont un peu difficiles. C’est à ce moment que j’ai à travailler plus dur. Comme quand j’ai commencé, je devais travailler dur sur mon côté gauche, en tant que PTI [instructeur d’éducation physique - NdT] j’avais développé le côté droit, donc je pratiquais plus à gauche.

Avez-vous quelque chose à dire à propos des ukemi ?

C’est probablement l’aspect le plus difficile de l’aïkido. Le contact. Parce qu’il y a des gens qui peuvent faire une technique, d’autres trois ou quatre sans problème. De même avec les ukemi. Certaines personnes peuvent en faire une mais trouvent assez difficile quand on leur demande de la faire plusieurs fois l’une après l’autre. Le contact entre tori et uke est très, très critique. Il peut changer selon les ukes mais aussi avec un même étudiant. Cela dépend de ce qui est arrivé ce jour-là ; les attitudes mentales, la fatigue, le travail, la façon de voir les choses ; peu importe ce que c’est, le contact n’est pas toujours le même. Avoir un esprit ouvert, essayer d’être relaxé, essayer de travailler ensemble. Essayer d’être un partie de tori, essayer d’être une partie de votre partenaire.

Puis-je connaître la relation entre les armes et les mains nues ? Cela semble être votre spécialité.

Pendant un certain temps, j’ai pensé que nous pratiquions la mauvaise voie parce que l’aïkido est venu des armes. O’Sensei était très fort avec une lance, un sabre ou un jo et tout l’aïkido est issu de cela. Le plus jeune des arts martiaux est l’aïkido. Quand nous pratiquons l’aïkido, nous commençons en se saisissant les poignets, ce qui est très peu pratique pour la self-défense, mais c’est de cette manière que l’aïkido est né. Vous teniez le poignet de l’attaquant pour l’empêcher de dégainer son sabre, pour vous sauver, mais quand vous pratiquez l’aïkido l’attaquant est celui qui vous prend le poignet. C’est assez difficile pour votre esprit : comment traiter cela. Mais si vous considérez l’arme comme une extension du bras – sabre, jo, peu importe – et que votre ma-ai est correct, alors vous obtenez beaucoup de bénéfices de cela. Paix de l’esprit, spécialement si les attaques sont justes, des shomen uchi corrects entre autres… extension correct des bras, alors il y a beaucoup de bénéfices.

Le Ma-ai est un principe que vous utilisez Sensei ?

Vous avez la notion de ma-ai dans chaque aspect de la vie, c’est le plus important. J’ai parlé de la boxe, du football, du cricket. Tout est pareil. Au cricket, le ma-ai est entre la balle et vous, ou si vous êtes sur le mauvais pied au football, ou encore la distance entre les joueurs et la balle. En boxe, l’allonge est importante.

Vous devez vous accorder du temps, qui peut être situé n’importe où entre une fraction de seconde à beaucoup plus long. Le ma-ai est connecté au temps comme à la distance. On parle de gens qui saisissent des enfants sur des véhicules en mouvement, leur ma-ai doit être très proche physiquement et mentalement. Le ma-ai est très important en aïkido mais dans votre vie aussi. La ma-ai signifie proximité ou distance et il peut être physique ou mental. Vous pouvez avoir la notion de ma-ai dans un mariage parce que, mentalement, vous êtes proche et plus vous aimez quelqu’un, plus vous vous inquiétez pour eux mais plus vous avez de la satisfaction. C’est une chose importante à se rappeler. Ou bien vous entendez des gens dirent : « je garde mes distances avec ce type, je ne l’aime pas », c’est la même chose.

Qu’en est-t-il du ki ou du kokyu ?

Cela vient naturellement à travers la pratique. Une des leçons que j’ai apprise très vite fût quand j’étais un jeune homme. Mon père construisait un mur et il semblait être très décontracté. Il construisait l’extérieur - et je faisais l’intérieur ce qui est plus rude…- vous suivez juste l’intérieur, donc c’est plus facile. Je pensais qu’il était très lent pour que je puisse le suivre mais j’avais beaucoup de difficultés parce que je le faisais avec ma force alors que lui le faisait de manière relaxée. Ou si vous voyez un homme qui est habitué à un tournevis, par exemple un électricien, parler pendant qu’il travaille. Tout cela est le ki, la relaxation et la coordination dans ce que vous pratiquez. Je suis fatigué quand je passe le balai dans le patio de la maison, j’en ai assez, mais les vieux balayeurs de rue peuvent le faire toute la journée ! Cela vient à travers la pratique, quoi que vous faisiez. Les vieux charpentiers, les artisans, ils peuvent le faire puisqu’ils ont pratiqué toute leur vie et c’est la coordination de l’esprit et du corps, la même chose qu’en aïkido.

Atemi ?

Quand j’ai commencé, ils étaient une grande partie de l’aïkido et je crois qu’ils le sont toujours. Quand vous pratiquez avec un étudiant et que vous lui donnez un petit coup çà et là, c’est pour leur faire réaliser quelque chose. Vous ne devez pas frapper et simplement vous tenir debout comme une statue [en tant que uke]. Dans la rue, ils lancent peut-être, une demi-douzaine de coups de poings. Les atemi sont très importants, ils vous font réaliser que vous devez garder votre défense en place tout le temps. Gardez votre esprit, ne soyez pas seulement statique, et gardez un esprit flexible. Ils sont malheureusement négligés. Ne le faites pas pour être le plus malin mais pour laisser vos partenaires savoir qu’ils doivent avoir leurs mains ou leur esprit ici, ou quoi que ce soit d’autre.

L’entraînement en Suwari-waza ?

Nous nous entraînions dans les premiers temps sans en faire du tout. Nous n’en avons pas fait jusqu’à ce que Sensei Chiba vienne ici. Alors, nous avons trouvé cela très difficile, j’avais 30 ans. Beaucoup de personnes trouvaient cela très difficile pour leurs chevilles comme pour leurs genoux. Je crois qu’avec le suwari-waza, il devrait y avoir des exercices simples qui vous apprennent à vous tourner - en tournant vos genoux, comme dans uchi kaiten nage, irimi nage – avant de commencer à faire des choses vraiment énergiques avec les genoux. Genoux et coudes sont les plus importants en aïkido, mais n’importe quoi peut vous mettre hors jeu. J’ai fait l’expérience des blessures au fil des années, de mauvais shiho nage, mais habituellement, avec les genoux c’est parce que la personne qui pratique n’a pas l’entraînement approprié depuis le début. Des exercices simples pour commencer, pas trop, pour amener graduellement les personnes, de manière à ce qu’elles se sentent confortables.

J’ai vu beaucoup d’opérations du genou, cela a arrêté l’entraînement de types vraiment bons, donc c’est triste, et peut être évité. Je me souviens de mon bon ami M. Cottier, il avait de très mauvais genoux et il allait voir un spécialiste pour se les faire rectifier. Le spécialiste a dit : « Que voulez-vous dire par des « marcher sur les genoux », montrez moi ? ». Donc il l’a fait, et le spécialiste a dit : « Vous êtes fou ? Faire des choses comme cela avec vos genoux ! » Donc, ce n’est pas vraiment naturel, en particulier pour des non-Japonais. Ensuite, encore une fois, certains hauts gradés Japonais m’ont dit que traditionnellement, vous ne vous agenouilliez jamais avec un sabre long à la ceinture, il était toujours enlevé. Mais alors, vous rencontrez des personnes comme Chiba qui sont vraiment appliqués au iaï, qui font beaucoup de iaï avec un sabre dans le obi [ceinture], donc c’est une des choses qui sont ouvertes à la discussion.

Pouvez-vous nous parler de vos voyages au Japon ?

Mon premier voyage fût en 1984, accompagné par Mme Smith. J’y étais en tant que congressiste [de l’IAF*] sur la recommandation de Chiba. J’ai une lettre du Doshu - que je garde comme un trésor - m’invitant à venir mais le congrès fut très lent et les résultats très lents à venir. La Fédération d’Aïkido Internationale est une association vaste mais elle ne semble pas avoir de crocs. Un bon ami à moi – M. Goldsbury qui était secrétaire général de la BAF - est maintenant secrétaire général de l’IAF. J’ai rencontré un certain nombre de professeurs Japonais qui étaient venus chez moi, ce qui était très agréable. Nous avons rencontré Sensei Sekiya, le beau-père de M. Chiba, nous sommes allés chez lui et avons eu un séjour magnifique.

La deuxième fois, j’y suis allé avec Philip pour la reconnaissance de l’UKA en 1988. A chaque fois que nous y sommes allés, nous avons été très chaleureusement accueillis par le Doshu lui-même qui était alors Waka Sensei. Il est venu chez moi pendant le séminaire d’été en 1992. Nous avons de bonnes relations avec le Hombu dojo et avec M. Tani, le secrétaire à l’outre-mer là-bas, donc nous sommes vraiment chanceux.

Quand j’y suis allé avec Philip, nous sommes allés à Tanabe où se trouve la maison où O’Sensei est né et nous avons vu la dédicace de la statue là-bas. C’est à environ 8 heures de train de Tokyo. Nous sommes descendus dans un hôtel traditionnel Japonais. Il y avait un grand festival pour O’Sensei là-bas, avec des pratiquants d’aïkido, des feux d’artifice et une plage privée. Nous étions avec différents instructeurs Japonais que nous connaissions. Sensei Asai, Sensei Yamada et Sensei Fujita nous ont tous accueillis. Une des choses les plus sympathique fût une conversation avec Sensei Arikawa, dont on nous avait dit qu’il ne parlait pas toujours aux étrangers. Aussi, une fois, nous étions dans le foyer de l’hôtel, et en bas des escaliers s’est présenté le précédent Doshu, par pure coïncidence. Je l’avais rencontré avant mais seulement comme quelqu’un parmi la foule. Nous nous sommes inclinés et salués, ensuite, juste après qu’il soit parti, l’un de ses étudiants est revenu en courrant et nous a dit de les suivre. Nous sommes montés dans un mini-bus et ce fût une visite de la tombe d’O’Sensei. Le Doshu a dit quelques prières et il y a eut une cérémonie. Ce fût une grande expérience, un des éblouissements de ma vie. Ils nous ont ramené à notre hôtel et j’ai fait mes remerciements au Doshu qui les a acceptés tout en marchant. C’était un homme tellement bien.

Est-ce qu’il y autre chose que vous voudriez ajouter Sensei, à propos de l’aïkido ou de votre vie ?

Non, je pense que nous avons tout abordé. Simplement que cela m’a donné de grandes satisfactions. Je rencontre des personnes plus jeunes. Certaines fois, à ce stade de ma vie, lorsque je vais au dojo et pratique, mon esprit est loin mais je me force à pratiquer. Ensuite, je trouve des gens de 20 ou 21 ans, de votre âge, qui m’aident à faire les choses que je veux faire, sans vivre dans le mensonge. Ils deviennent une partie de moi et ce n’est pas comme dire : « Saute » et puis : « Jusque où ? ». Ils sont devenus une part de moi, s’unissent à moi et je trouve que je peux pratiquer même si je n’ai envie de rien d’autre que m’allonger. Super.

Un grand merci à Shihan Smith, pour avoir pris le temps de répondre à ces questions et pour partager tant de choses de sa vie et de ses connaissances.

Notes :

M. Bushell ne pratique plus, M. Jones est actuellement co principal de l’UKA, 6è dan so hombu, Shidoin. Le fils de Shihan Smith, Philip Smith, 6è dan so Hombu Shidoin, donne des cours aux adultes et aux enfants au Renshinkan et est le représentant du BAB auprès de l’UKA. Il a commencé l’aïkido à l’âge de 8 ans. M. Roberts est le secrétaire général de tous les clubs des UKA et le principal contact de l’organisation avec le Hombu Dojo.

*Le BAB est l’organisation englobant les associations d’aïkido au Royaume-Uni, reconnue par le gouvernement dans les formes de sports anglais. La plupart des Association d’aïkido anglaises sont représentées par celle-ci et sont assurées à travers elle. Elle a récemment été impliquée dans la controverse concernant la reconnaissance des premiers enseignants Anglais d’Aïkido.

*Le titre de Membre de l’Empire Britannique (MBE) est accordé par la monarchie de Grande-Bretagne, d’une façon similaire au titre de Chevalier. Traditionnellement, il est seulement donné au plus méritant, par exemple des forces armés ou du Foreign Office. Actuellement, il est également donné aux gens ordinaires extraordinaires.

*Shihan est un titre donné par le Hombu dojo, indépendamment du grade, qui est habituellement traduit par « professeur ». Le Hombu dojo a jusqu’à présent récompensé par ce titre seulement trois Anglais : en premier lieu M. Ken Cottier (6è dan, étudiant d’O’Sensei, conseiller supérieur de l’IAF, co-fondateur de l’Aikikai de Hong Kong), ensuite Sensei Smith et enfin, Sensei Terry Ezra (6è dan so hombu, directeur technique de l’Association Aïkido Komyokan basée à Birkenhead). Les trois ont enseignés ensemble au KAA Wirral Aïkido Festival, à Pâques, ces dernières années.

*La Fédération Internationale d’Aïkido (IAF) est l’association internationale de l’Aïkikai englobant les associations nationales d’aïkido reconnues à travers le monde.

Photo provenant de http://www.renshinkan.co.uk