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Takemusu aiki (1) Conférences de Morihei Ueshiba, fondateur de l’aïkido

par Morihei Ueshiba

Aikido Journal #116 (1999)

Traduction française: Guy Le Sieur

Transcrites et éditées par Hideo Takahashi

L’Aikido Journal est heureux de vous présenter la première d’une série de conférences données par Morihei Ueshiba, le créateur de l’aïkido. Ces causeries furent transcrites et éditées par Hideo Takahashi de la Byakukō Shinkōkai (cf. à l’entrevue dans l’Aikido Journal nº 115) et publiées pour la première fois en 1976 sous le titre « Takemusu aiki ». L’importance de ces conférences comme sources principales étayant le point de vue spirituel de Morihei Ueshiba ne peut être sous-estimée.

Ces textes offriront certainement un défi de taille aux lecteurs qui voudront sonder les profondeurs de la philosophie du fondateur. La symbolique et les métaphores utilisées par O Sensei, fortement influencées par la religion Ōmoto et son cofondateur Onisaburō Deguchi, proviennent de textes shintoïstes comme le Kojiki. On trouvera aussi de multiples références au kotodama, l’une des nombreuses croyances shintoïstes amalgamées à la religion Ōmoto. Cette croyance soutient que les vibrations à l’origine des lettres et des sons opèrent une action concrète sur la matière. Le sens de certains passages de ce texte est difficile à saisir et nous avons cru nécessaire d’inclure des notes explicatives pour aider à sa compréhension.

Nous aimerions remercier particulièrement Sonoko Tanaka qui, par un effort assidu, a pu traduire le texte japonais en langage accessible ainsi qu’effectuer la recherche sur le contenu qu’elle a consignée dans des notes explicatives.

La Rédaction

Quelques mots de recommandations

C’est avec une grande joie que nous tous qui pratiquons assidument l’aïkido jour après jour accueillons cette nouvelle édition du Takemusu aiki.

Takemusu aiki est un recueil de causeries données par le fondateur de l’aïkido, Morihei Ueshiba, sur lesquelles M. Hideo Takahashi a fait un travail exceptionnel en restant fidèle au texte et en transmettant en langage accessible les passages difficiles.

Comme vous le savez, de nombreuses personnes de tous les horizons se sont intéressées au chemin qu’O Sensei a illuminé parce qu’il traite de la relation entre le corps et l’esprit. C’est particulièrement vrai aujourd’hui où à l’échelle mondiale on considère les désordres mentaux comme la cause de graves problèmes sociaux et ce fait a contribué à l’essor de l’aïkido.

De tous les ouvrages qui traitent de l’aïkido, Takemusu aiki est le plus représentatif de la pensée d’O Sensei. Il nous interpelle particulièrement en traitant de vérités fondamentales. C’est la raison pour laquelle ce livre devrait toujours nous accompagner.

O Sensei disait de Goi sensei avec qui il s’était lié d’amitié : « Nulle autre personne que Goi sensei ne connaît mon cœur ». En plus, M. Takahashi un disciple de Goi sensei, se dévoua corps et âme à la transcription des causeries d’O Sensei et à leur compilation qui résulta dans l’ouvrage Takemusu aiki. Il était grand temps qu’une nouvelle édition soit produite et elle sera considérée comme une source précieuse et lue avec intérêt par une multitude de personnes de tous les horizons.

Je vous transmets mes sincères félicitations pour cette nouvelle édition du Takemusu aiki.

Kisshomaru Ueshiba

Doshu de l’aïkido

Octobre 1986

(1)

Aujourd’hui, comme on nous l’a demandé, je vais tenter de vous dire ce qu’est l’aïkido :

·L’aïkido, c’est le principe fondamental de la perennité de l’Univers.

·L’aïkido, en tant que vérité fondamentale révélée, est le merveilleux don du Takemusu aiki.

·L’aïkido, c’est la Voie de l’harmonie entre l’Homme, la Terre et le Ciel.

·L’aïkido, c’est la Voie pour prendre soin de toute la Création.

·L’aïkido, c’est le don merveilleux du kotodama (1) et la grande Voie de la purification (misogi) universelle.

·Les personnes qui croient en cette Voie doivent servir dans l’Administration (2) de l’édification de la Nation universelle.

C’est en tant qu’êtres humains qu’il faut s’investir dans notre mission et faire office de balise montrant ainsi le chemin vers la Grande Union et l’Harmonie de la Famille universelle. C’est pourquoi nous devons comprendre la Vérité universelle, la véritable nature des choses, celle de l’univers naturel et nous fondre dans l’esprit du Grand Kami (3). Nous devons apprendre de son comportement et de ses manifestations dans cet immense univers, et à la manière d’un sabre (tsurugi) servir dans Son administration.

En aïkido, nous devons absolument nous tenir debout sur le Pont Flottant du Ciel, « debout sur l’Ame-no-uki hashi (Pont Flottant du Ciel) (4) ». Ceci est absolument nécessaire pour retourner et s’unir au Grand Kami qui est à la fois la grande source spirituelle et notre Parent originel.

Et nous devons nous tenir debout sur le Pont Flottant comme s’il n’y avait rien d’autre à faire. Nous oubliant nous-mêmes en libérant notre esprit de toutes pensées et de tous buts, nous offrons notre ego au Grand Kami et aspirons à accomplir son œuvre divine en calmant notre esprit (kon) (5) et en retournant à la source qu’il est.

Notre premier devoir consiste à réaliser l’union avec le Kami, le Créateur, dans l’harmonie. Nous pouvons y arriver en accomplissant les missions qu’Il nous a confiées et en nous fondant au Grand Univers, à l’Esprit Divin.

Pour ce faire, nous devons régler notre esprit et notre corps séparément. Préparer notre esprit et notre corps afin de progresser dans le monde du ki-ryū-jyū-gō (6).

Lorsque nous réussissons à bien établir les limites du ki-ryū-jyū-gō et à les maîtriser, nous réalisons le shikishin, c’est-à-dire la capacité de percevoir les choses telles qu’elles sont.

Aujourd’hui, l’aïkido est le nom que l’on donne à notre pratique de la Voie afin d’atteindre l’union avec l’esprit et le corps de l’Univers.

Prenons par exemple les insectes, ils nous débarrassent des impuretés qui se trouvent sur la terre. Tout comme les insectes, les poissons, les oiseaux et les autres animaux à leur manière et selon leur capacité propre accomplissent la même fonction de purification.

Nous tous, en tant qu’êtres humains, nous devons nous purifier de toutes les souillures et les péchés et accomplir notre mission divine personnelle. C’est ce que l’aïkido nous offre et c’est ce que vous, du Byakukō Shinkōkai, offrez par votre « Prière pour la paix mondiale » que Goi-sensei vous recommande de réciter. Cependant, votre prière ne doit pas être que des mots vides et sans effets. Vous devez incarner cette prière sans quoi l’effort sera en vain.

(2)

L’aïkido est l’art martial (bu) de la vérité. Il est un travail d’amour.

Il est la façon de protéger toutes les choses vivantes de ce monde. Il est le compas qui assure la vie de toute chose.

Il est l’expression du takemusu (7) qui a donné naissance à toutes les techniques martiales créées jusqu’à maintenant.

Les arts martiaux qui sont dès lors apparus sont la manifestation de la loi qui protège la croissance de toutes choses en conformité avec le principe de la génération et de l’évolution naturelle.

Il serait long de vous expliquer en détail alors, je serai bref.

Les ubuya (8) (les pouponnières) sont l’endroit où est cultivé et perfectionné le yamato damashii, l’esprit japonais. C’est cet esprit qui de toute évidence a protégé le fondement de toutes les vérités de la Nature.

Par conséquent, l’aïkido respecte la voie tracée par Masagatsu-agatsu-kachihayabi (9) et est l’œuvre merveilleuse du kotodama qui précise le vrai sens d’une théocratie qui la forme idéale de la démocratie et de la liberté.

L’aïkido révèle la voie du misogi qui inspire les humains à réciter la « Prière pour la paix universelle ». Il agit en tant qu’instrument merveilleux de la réalisation dans l’harmonie de l’unification de toutes les énergies (ki) purifiées de la Nature.

Nous ne devons pas faillir dans l’accomplissement de notre mission divine et collaborer en tant qu’enfants du Kami, qui est lumière et compassion. Nous devons servir dans l’effort pour le perfectionnement de l’humanité et l’avènement de la Nation universelle. Faisant nôtre les trois mondes ― celui des apparences, celui de l’inconscient, et celui du divin ― nous devons consacrer nos vies à nous unir dans l’harmonie et à faire avancer le travail de l’Administration. C’est le chemin de notre perfectionnement et ce en quoi consiste la pratique de l’aïkido.

Voici ce que j’aimerais vous dire à vous qui faites partie de la Famille universelle.

SU-U-A (Ueshiba sensei émet des sons de kotodama). De ceux-ci naissent A-O-U-E-I qui sont la manifestation des « huit pouvoirs » (hachiriki (10) ). L’Univers fut créé par le travail du kotodama.

L’Univers est la manifestation vivante de la volonté divine des six divinités du TA-KA-A-MA-HA-RA , de l’A-O-U-E-I des trois origines et des huit pouvoirs (sangen hachiriki) et des 75 vibrations du kotodama.

En ce qui concerne les sangen (les trois origines), celles-ci font référence aux : ki, ryū, jyū et gō. Elles sont aussi △ Iku-musubi, ○ Taru-musubi et □ Tamatsume-musubi (12) . C’est le takemusu de l’aïkido. Le takemusu c’est l’entraînement qui cultive la capacité à utiliser la loi de la gravitation.

(3)

L’aïkido est l’œuvre du kami Ame-no-Murakumo Kuki Samuhara Ryuō (13) .

« Ame-no-Murakumo » est le travail du ki universel, celui de l’île d’Onogoro (14) , celui qui vivifie et traverse le ki de tout ce qui existe dans l’univers.

« Kuki » est le sabre à double tranchant qui tranche et unifie les manifestations du Grand Esprit du Ciel et de la Terre. C’est le sabre de la Terre et du Ciel.

« Samuhara » est un mot qui fait l’éloge des plus grands mérites et vertus de ce monde.

« Ryuō » se traduit littéralement par « Roi-dragon ».

C’est ainsi que l’aïkido progresse vers le perfectionnement du monde entier pour l’établissement d’un paradis sur terre.

L’aïkido est la Grande Voie purificatrice. Il purifie et fait disparaître les péchés, les méchancetés et les mauvaises pensées de l’Univers.

Ceci est accompli par le travail du kotodama.

La Voie de l’aïki est celle qui protège l’amour. Sans amour, rien ne peut-être réaliser ici-bas. C’est pourquoi je crois que ce monde sera détruit si le véritable travail de l’aïki n’est pas mis en œuvre.

C’est notre devoir de protéger le monde en pénétrant les trois mondes ― celui des apparences, de l’inconscient et du Divin. Ceci est la manifestation de Saishō-Myō-Nyorai (le Bouddha historique, Sâkyamuni NDT).

La Voie de l’aïki a pour mission la reconstruction de ce monde flottant en se tenant au centre de l’Univers.

Se purifier soi-même, purifier les hommes, les nations et le monde c’est progresser au nom du Kami.

C’est maintenant que le véritable travail de l’aïkido commence. Je ne connais aucun autre moyen que l’aïkido pour reconstruire le monde.

Le budō est la grande porte que nous devons emprunter pour sauver l’humanité de la destruction et nous consacrer entièrement à apporter la paix aux hommes. Ceci est une partie du travail du Grand Kami.

Le temps est venu. Le travail débute véritablement cette année.

L’aïkido est la Voie de la sincérité et de la loyauté. On entend par loyauté le fait de travailler à la construction du paradis universel, à se consacrer à l’esprit de l’avènement d’un paradis sur terre.

Pour progresser sur cette Voie, nous devons tout d’abord aspirer nous-mêmes à la perfection. Ensuite, améliorer et rendre parfaites les nations en plus de réformer l’humanité. Ce travail est nécessaire pour perfectionner la Terre.

L’aïkido est aussi le travail des cinq vibrations : A-O-U-E-I. Ceci a un lien étroit avec les nigen (les deux origines) de la dyade eau-feu. Dans la religion shintoïste, il y a deux kamis : Taka-mi-musubi et Kami-musubi (15) . Le monde est issu des actions de ces deux kamis.

Ces nigen (deux origines) retournent à l’ichigen SU ◉, la Source originelle.

Taka-mi-musubi et Kami-musubi sont les sources de l’âme et des choses matérielles. Ils tirent leur existence du kotodama « U ». Le kotodama U, quant à lui, tire son existence de l’expansion du kotodama « SU ».

C’est le travail des vibrations U et SU qui est à l’origine des âmes et des choses matérielles, la source de tout ce qui existe dans l’Univers.

Alors, d’où provient la vibration SU ? Elle est née du Grand Vide lorsqu’un point y est soudainement apparu.

D’où provient ce Grand Vide ? Il vient de Kū (mu) dans lequel il existe simultanément tout et rien. Ce que je nomme mu n’est pas le néant. C’est un monde où il n’y a pas d’objet, seulement de la lumière. C’est de mu que notre univers a pris naissance et a grandi. Les saints et les sages eux-mêmes ont de la difficulté à l’exprimer avec des mots. C’est bien difficile à expliquer (16) .

Je vais vous dire comment moi, Ueshiba, j’ai compris. Après avoir fait une ascèse, me libérant de tout attachement, j’ai fait l’expérience de voir mon corps de lumière, qui tantôt était le corps de Fudō Myō-ō (17)avec son halo de flammes sur les épaules, tantôt le corps de Kanzeon Bosatsu (18). Durant ces transformations, je me suis posé à moi-même des questions et j’ai compris. Ce que j’ai compris c’est que l’Univers est en moi. Tout est en moi. Et puisque je suis moi-même l’Univers, je ne suis plus. De plus, parce que je suis l’Univers, je suis la seule personne qui existe. Il n’y a personne d’autre.

Les arts martiaux se révèlent par les kotodama A-O-U-E-I. C’est-à-dire qu’ils naissent dans les formes △○□.

Si nous parlons des formes △○□ du point de vue matériel, ils sont le Ciel, le Feu, l’Eau et la Terre. Du point de vue spirituel, ce sont les quatre esprits (shikōn) soit : le Kusu-mi-tama, le Ara-mi-tama, le Nigi-mi-tama et du Sachi-mi-tama (19). Ces formes sont issues des deux origines (nigen) selon les interactions et les échanges de diverses intensités et vitesses entre elles.

L’âme et la matière de même que la véritable essence de l’Univers sont kotodama. Cependant, les chefs de religion ordinaires ne comprennent pas cette vérité. L’aïkido est l’œuvre merveilleuse du kotodama qui donne vie à cette vérité.

L’aïkido est donc une religion sans en être une.

L’aïkido est différent des budō qui ont existé jusqu’à maintenant. Il permet, par un travail de tout son être, de vivre pleinement toutes les vérités.

C’est mon souhait que vous maitrisiez l’aïkido y compris sa dimension spirituelle. Ensemble, investissons-nous corps et âme dès maintenant dans cette pratique.

(Tiré d’une conférence donnée à l’occasion du Kagami biraki tenu le 15 janvier 1959 au Honbu dōjō de l’aïkido à Tokyo)

(4) La mission de l’aïkido

Les symboles △○ et □ représentent respectivement Iku-musubi, Taru-musubi et Tamatsume-musubi. Ils sont aussi Masakatsu-Agatsu-Katsuhayabi. Leurs significations spirituelles se définissent comme suit : le △ est Kusu-mi-tama et Ara-mi-tama ; le ○ est Nigi-mi-tama ; le □est Saki-mi-tama. Leurs significations physiques se présentent comme suit : le△ le ciel et le feu, le ○ l’eau et le □ la terre.

Le Ciel est la vérité et sa nature est la Sainte Lumière. Le Feu, c’est la loi et il fait office de législateur. Un législateur doit s’imprégner de la Vérité universelle pour la comprendre entièrement. Ainsi, il sera en mesure de créer des lois et des cérémonies qui sont conformes à la Voie de la vérité et les transmettre au monde entier. Ce qui sous-tend ces lois, c’est la compréhension de la signification véritable de tous les matsuri et son enseignement aux autres. Le matsuri est l’harmonie et l’équilibres parfaits entre le Ciel et la Terre. En ce sens, c’est l’aïki entre le Ciel et la Terre.

L’Eau représente les rituels, les officiers du gouvernement et le Nigi-mi-tama. On la nomme Nigi-mi-tama lorsqu’elle agit avec harmonie, c’est-à-dire unifiant harmonieusement ce qui se trouve en haut, le Ciel, à ce qui est en bas, la Terre. On l’appelle aussi iya, ce qui apaise et calme. La sincérité est essentielle à cette union. La sincérité c’est l’amour qui embrasse l’amour. C’est le partage l’amour. Nous tous, autant que nous sommes, devons faire nôtre ce principe fondamental et l’exprimer tel qu’il est pour ne jamais le perdre. C’est la Voie. C’est la Terre et se sont les êtres humains.

Ne jamais dévier de la Voie. Si vous êtes tenté par le changement, c’est que votre voie n’est pas la Voie véritable. Vous devez vous en tenir fermement à la Voie sans aucune déviation.

La Voie est comme le sang qui circule et emplit notre corps, elle garde en secret en son sein toutes les vérités, sans exception, s’en imprègne, et ne les laisse pas s’échapper. C’est sur la Terre que la Lumière céleste brille. Celle-ci rayonnera sur chaque être humain et sur toute l’humanité et à ce moment, le Japon montrera sa véritable nature au monde.

Pour que cela se produise, l’aïkido a la mission et le devoir d’expliquer et d’enseigner la véritable signification d’une théocratie ainsi que le principe de Vérité qui se trouve dans la nature. L’aïkido guide les êtres humains dans la pratique de la Voie.

Tous les êtres humains doivent se tenir debout sur le Pont Flottant du Ciel tel Ame-no-Minaka Nushi (20) et Amida Butsu (21). Nous devons purifier l’Univers en devenant nous-mêmes Lumière.

La Terre a déjà atteint un degré de perfection qui permet la manifestation graduelle de Kuni Toko Tachi-no-Mikoto (22) . Cependant, l’humanité n’a pas encore réalisé complètement son achèvement. La raison en est que les péchés et les souillures ont pénétré en nous. Les techniques de l’aïkido permettent d’ouvrir et d’assouplir les articulations de notre corps. À compter de maintenant, nous devons nous purifier encore plus des péchés et souiilures de nos six organes (les rokkon (23) ).

L’aïkido a été créé pour accomplir cette purification. Il consiste à faire des mouvements avec le Kusanagi-no-shinken (24) , le Sabre divin. Il purifie par son action les péchés et les souillures tout en précisant le principe de la Vérité qui existe en toutes choses et en protégeant tout ce qui existe.

La Voie de l’aïkido permet à tous êtres et à toutes choses de prendre leur place dans l’univers, même les insectes. La Voie de l’aïkido protège la destinée propre à toutes choses. Elle précise la Grande Voie dans laquelle le Ciel, la Terre et la Nature donnent naissance à toutes choses dans le monde et permettent leur croissance.

Pour accomplir cette mission, nous devons tous, d’emblée, rassurer les saints, le Grand Kami et le Bouddha.

Si vos oreilles sont souillées, purifiez-les. Si votre bouche est souillée, rincez-la. Si votre nez est souillé, nettoyez-le. Vous devez purifier complètement vos six organes. Vous devez tout laisser, tout offrir, tout remettre au Kami, votre Parent céleste.

L’aïkido est né des actions du Grand Kami d’Ō Harai-Do lorsqu’il fit ses ablutions à Ahakibara sur la rive du petit détroit de la rivière Tachibana qui se trouve dans la province d’Himuka en Tsukushi (25) . L’essentiel du misogi (purification rituelle) est l’A-O-U-E-I. C’est ainsi que l’aïkido s’harmonise avec toute la Nature tout en purifiant des péchés et des souillures. Moi, Ueshiba, par l’intermédiaire de la Porte des arts martiaux, j’aspire à rétablir l’ordre dans ce monde en le réparant et en le réformant.

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(1) O Sensei a dit : « le kotodama n’est pas le son de la voix. Il est le sang bouillant dans l’abdomen. » Goi sensei explique la notion de kotodama comme suit : « Le kotodama est la vibration qui donne naissance aux idées et aux sensations qui prennent, par la suite, la forme de lettres et de sons. C’est donc la vibration de la Lumière elle-même — soit le Kami. La manifestation du travail opéré par le kotodama s’exprime a posteriori par les lettres et les sons. »

(2) O Sensei a aussi dit : « C’est l’Histoire — le passé et le présent — qui est incluse dans la notion d’administration » et « elle — l’Administration — est la manifestation de la science ». Le terme pourrait être synonyme de théocratie, puisqu’il s’agit d’administrer avec l’autorité du Grand Kami.

(3) Nous utiliserons le terme Grand Kami tel qu’il est écrit dans le texte original (NDT).

(4)Ame-no-uki hashi : le « Pont Flottant du Ciel » est le lien entre le Ciel et la Terre selon la religion shintoïste. Dans le Kojiki (Chroniques des choses anciennes), l’un des deux livres sacrés du shinto, c’est de ce pont que le couple divin (Izanami et Izanagi) a créé l’Univers.

(5) Goi sensei a dit : « Rei, c’est la manifestation de l’Esprit Divin agissant librement et sans obstacle. Kon, c’est l’action qu’opèrent sur les autres mondes (spirituel, inconscient et physique) les ondes spirituelles émises par le Monde divin. Rei se réfère à l’esprit et kon à l’accumulation des pensées dans le monde de l’inconscient.

(6) Au sens propre, le ki c’est le cœur, l’esprit, les sentiments; ryū c’est la fluidité, l’adaptabilité, le flux; jyū, la souplesse, la flexibilité; gō, la force, la solidité. Un peu plus loin, O Sensei explique la notion du ki ryū jyū gū comme suit : « Ryū, jyū et gō s’opèrent par le ki. Ryū est la nature véritable des animaux. Jyū est la caractéristique propre aux végétaux et gō celle des minéraux.

(7) Takemusu est la forme suprême de l’art martial japonais. Il est l’œuvre du divin, l’inépuisable source d’une infinie variation de techniques.

(8) Ame-no-ubuya (la Pouponnière Céleste). Ici O Sensei fait référence à un chapitre du Kojiki (Chroniques des choses anciennes). Izanagi-no-mikoto (Kami mâle) et Izanami-no-mikoto (Kami femelle) engendrèrent une multitude de Kamis. Lorsqu’Izanami donna naissance à Hi-no-Kagutsuchi-no-Mikoto, le Kami du feu, ses organes génitaux furent atrocement brûlés et elle en mourut. Elle se retrouva donc au pays des Enfers.

Izanagi désespéré de l’absence de sa compagne se rendit au pays des Enfers. Il fut cependant choqué par son apparence en décomposition avancée. Cette nouvelle rendit Izanami furieuse et elle le fit pourchasser par une monstrueuse démone. Pour décourager cette poursuite, Izanagi lui lança les parures de sa coiffure et son peigne qui se changèrent en raisins et en pousses de bambou. La démone délaissa sa poursuite pour manger ces derniers. Voyant ceci, Izanami lançant une armée pour renouveler la poursuite. Izanagi s’en défendit en faisant des moulinets par-derrière avec son sabre. L’armée le poursuivit jusqu’à la limite séparant le pays des Enfers de ce monde. De là, Izanagi lança trois pêches en direction de l’armée et elle battit en retraite.

Finalement, c’est Izanami elle-même qui se lança à sa poursuite. Izanagi bloqua le chemin entre le pays des Enfers et ce monde d’une pierre et les deux se firent face de part et d’autre de cette frontière. Izanami dit : « Chaque jour, je tuerai mille personnes de ton monde ». À cela, Izanagi répondit : « Pour chaque mille personnes que tu tueras, j’érigerai 1.500 pouponnières ». C’est cela les ubuya.

De plus, M. Takahashi tient d’O Sensei que les fruits du pêcher qui ont repoussé l’armée du pays des Enfers sont l’aïkido.

(9) Masagatsu-agatsu-kachihayabi, la traduction littérale de ce terme est : « Véritable victoire ― Victoire de (sur) soi ― Jour rapide de victoire ». Il est tiré du Kojiki et fait référence au Kami Masgatsu-agatsu-kachihayabi-ame-no-oshihomimi-no-mikoto, l’un des enfants d’Amaterasu-Ōmi-Kami, le Kami solaire et l’ancêtre divin de l’empereur.

(10) Le terme hachikiri au sens propre signifie « les huit pouvoirs ou forces », à savoir : mouvement/immobilité, coagulation/dislocation, tension/relâchement, fusion/séparation.

(11) TA-KA-A-MA-HA-RA : Ueshiba sensei fait sans doute référence au Takama-no-hara, la « Haute Plaine du Ciel » qui est la résidence des kamis célestes. Certains de ces kamis sont quelquefois représentés par un son du kotodama. Nous pourrions en déduire que Ueshiba sensei fait spécifiquement référence à ces six divinités (NDT).

(12) Le triangle △, le cercle ○ et le carré □ se fusionnent pour devenir et ensuite le cercle parfait. C’est ce qu’accomplit l’aïkido selon ce qu’a révélé Ueshiba sensei à M. Takahashi. Goi sensei avait montré à M. Takahashi un livre sur le kotodama dans lequel le dessin de ces symboles représentait la respiration de l’univers (Iku-musubi, Taru-musubi et Tamatsume-musubi sont trois des huit kamis tutélaires de la Cour Impériale NDT.).

(13) Ame-no-murakumo kuki samuhara ryuō est le nom du kami qui a le pouvoir de purifier le karma instantanément. Parce qu’on a utilisé dans le texte d’origine une transcription phonétique en katakana, une traduction littéraire de ce nom est impossible. Cependant, le mot karma se traduit par « travail ». C’est le travail ou l’activité de création des pensées d’une personne. Le terme fait référence aux vibrations de discordances qui se sont accumulées dans le monde de l’inconscient par le travail karmique de cause à effet.

(14) Il est raconté dans le Kojiki que les Kamis Izanami-no-mikoto et Izanagi-no-mikoto se tinrent sur le Pont flottant du Ciel (Ame-no-uki hashi), plongèrent la hallebarde divine (hoko), l’agitèrent en cercle dans le sel marin et la retirèrent en faisant clapoter l’eau. À ce moment, les gouttes salées qui tombèrent de la hallebarde se superposèrent et devinrent des îles. Ainsi naquit l’île d’Onogoro (solidifiée d’elle-même).

(15) Dans la mythologie shintoïste, les trois premiers kamis à se manifester après la naissance de l’Univers sont, par ordre chronologique, Ame-no-minaka nushi, Taka-mi-musubi et Kami-musubi.

(16) Goi sensei explique : « Kū, n’est pas un état nihiliste ou négatif. C’est un état dans lequel tout et rien existent à la fois. C’est la vibrante manifestation du Kami lui-même. »

(17) Fudō Myō-ō est l’un des cinq « rois de lumière » protecteurs de la loi bouddhique. Kami bouddhique associé au feu et à la colère, son nom signifie l’« immuable ». Il est considéré comme l’« émanation terrible » de Dainichi Nyorai, « Grande lumière » bouddha central des sectes ésotériques Tendaï-shū et Shingon-shū.

(18) Kanzeon Bosatsu est le Bodhisattva le plus populaire du Japon. Il est l’expression même de la compassion divine et le personnage principal du Sūtra du Lotus, dans lequel un chapitre lui est consacré. Il a fait le serment de travailler à libération de tous les êtres vivants.

(19) Plus loin, O Sensei nous expliquera les shikōn (les quatre essences ou esprits) comme suit : « Le Kusu-mi-tama est la vérité qui manifeste toutes les caractéristiques de la Source originelle. L’Ara-mi-tama est l’action divine initiale sur terre d’où découlent toutes les lois. Sa nature est la sagesse. Et c’est avec cette sagesse qu’il établit les lois. Le Nigi-mi-tama est en essence la courtoisie, l’expression, par des rituels, de la bonne entente et de l’harmonie. On lui donne aussi le nom de musubi (union, association) et aussi iku-tama, la Voie juste. Le Sachi-mi-tama est la charité et c’est une voie en elle-même ». Goi sensei nous explique : « Dans la religion shintoïste on dit ichi rei shikōn (quatre esprits, une seule âme). Ce qui veut dire que l’âme s’exprime de quatre manières différentes. Un être humain ne devient entier que lorsqu’il réussit à harmoniser ces quatre aspects de son âme. Il est très important d’accomplir cette harmonie. La plupart des êtres humains vivant sur la terre aujourd’hui ont une nature incomplète.

(20) Selon le Kojiki, le premier kami à se matérialiser dans la Haute Plaine du Ciel après la création de l’Univers est Ame-no-Minaka Nushi. Goi sensei interprète ce fait pour affirmer qu’Ame-no-Minaka Nushi est le Kami universel.

(21) Goi sensei a dit : « Amida Butsu (Amitabha) est le Bouddha, le Sauveur dans le bouddhisme et l’équivalent du Grand Kami universel. Il est à la fois divinité et Nyorai. Nyorai signifie “Celui qui vient sans venir. Celui qui part sans partir”. C’est le Vide qui à la fois contient tout l’univers. Sa nature est une lumière brillante dans le Cœur du Grand Kami. Le travail d’Amida Butsu s’opère de deux façons soit par la libération de tous les êtres vivants en tant que Bosatsu (bodhisattva) et en étant la manifestation du Grand Kami. »

(22) Kuni Toko Tachi-no-Mikoto est la sixième divinité à apparaître après la création de l’Univers. Voici, en ordre chronologique d’apparition, les cinq premières divinités : Ame-no-Minaka Nushi, Takami Musubi, Kami Musubi (la première trinité), Umashi Ashikabi Hikoji et Ame-no-Toko Tachi-no-Mikoto.

(23) Les rokkon sont nos six organes : yeux, oreilles, nez, langue, peau et esprit. Ceux-ci donnent naissance à nos six sens : la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût, le toucher et la pensée. La purification des rokkon signifie purifier notre corps et notre esprit en tranchant les illusions qui proviennent de nos six organes.

(24) En plus de kusanagi-no-shinken, il y a plusieurs autres noms que l’on assigne au Sabre divin. Parmi ceux-ci nous trouvons les suivants : kusanagi-no-ken, kusanagi-no-tsurugi. Le Kojiki rapporte que Susanowo-no-Mikoto, le fils du couple divin Izanami-no-Mikoto et Izanagi-no-Mikoto et le frère d’Amaterasu Ōmi Kami, fut expulsé du Ciel et exilé au pays d’Izumo à cause de son comportement irrespectueux envers sa sœur. Une fois dans ce pays, il fit connaissance d’un couple de kamis qui lui partagèrent leur angoisse que leur causait un gigantesque serpent à huit têtes qui avait déjà dévoré sept de leurs huit filles. Avec la promesse de prendre leur dernière fille pour épouse, Susanowo-no-Mikoto s’offrit de les débarrasser du monstre. Usant d’une ruse, il réussit à enivrer le monstre à l’aide de huit cruches de saké et en profita pour lui trancher les têtes de son sabre. Lorsqu’il voulut trancher la queue, son sabre se brisa. Écartant les chairs de la pointe du sabre brisé, il y fit l’étrange découverte d’un sabre merveilleux. Ce sabre, il l’offrit à sa sœur Amaterasu en réparation pour son manque de respect. C’est le kusanagi-no-shinken (Sabre fauchant l’herbe)

(25) La rivière Tachibana est l’endroit où Izanagi-no-Mikoto fit un misogi (purification rituelle) pour se débarrasser des souillures laissées par son incursion aux Enfers (Yomi-no-kuni) afin de retrouver son épouse morte, Izanami-no-Mikoto. De ce misogi, plusieurs divinités naquirent dont les trois dernières sont : Amaterasu Ōmi-Kami (divinité solaire) née lorsqu’il lava son œil gauche; Tsuki Yomi-no-Kami (divinité lunaire) née lorsqu’il lava son œil droit; Susanowo-no-Kami (divinité marine) né lorsqu’il lava son nez.