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Caché en plein jour

par Ellis Amdur

Published Online

Traduction française: Ludwig Neveu

Dans mon récent blog Aikido is Three Peaches (L’aikido est trois pèches), j’ai essayé de montrer à grands traits la façon dont Ueshiba Morihei décrivait son propre aikido, à partir des propos recueillis à l’occasion de sa longue conférence devant le Byakko Kai de Goi Masaharu. En résumé, voila ce que je crois : a) Il voyait la pratique de l’aikido comme une sorte de kotodama physique, pour lui donner (et peut-être à d’autres) le pouvoir de concrétiser le rôle primordial de l’humanité dans l’unification du Ciel et de la Terre. L’aikido, pour Ueshiba, était misogi, un rituel de purification. Il ne fait pas de doute qu’il le voyait comme un art martial, mais son but principal n’était pas d’aller à la guerre, la self-défense ou l’amélioration des relations humaines. Que tout ceci arrive également était intrinsèque à l’art, mais subordonné à cet objectif supérieur. b) Ueshiba ne se voyait pas comme une figure messianique ayant pour fonction la rédemption de toute l’humanité, ou la conversion de celle-ci à ses vues. Il était plutôt une sorte de chamane, ayant la responsabilité de servir d’intermédiaire et de régulateur dans les relations entre le Ciel, la Terre et l’Homme. En conséquence, il n’a pas pris une part active pour aider les autres à devenir comme lui. Les pratiquants d’aikido étaient, pour lui, comme des ouvriers sur une chaîne d’assemblage : ils jouaient leur rôle par leur pratique et cela,comme des prières, augmentait l’énergie spirituelle. En même temps, il croyait que d’autres pouvaient être comme lui, mais c’était, comme il l’a dit à Terry Dobson, à chacun d’entre eux de “trouver par eux-mêmes”. c) C’est par l’ukemi, et pas en imitant les waza de l’instructeur que l’on commence à atteindre un certain niveau en aiki. Ceci résonne de façon fascinante au sujet de la création de compétence et de force.

- Tori fonctionne en grande partie comme uke le fait dans les koryu : donner à l’uke dans la pratique de l’aikido (en fait tori, d’un point de vue de koryu) un ensemble de problèmes d’intensité et de difficulté croissantes, qu’il doit obligatoirement résoudre : la sensibilité, l’harmonisation, maintenir une connection, l’intégrité du mouvement, la vulnérabilité aux atemi, la capacité d’exécuter les atemi, etc.

- Si uke et tori sont attentifs à cette fonction, uke devient de plus en plus fort et cela se manifeste par des capacités accrues dans les waza, particulièrement à s’harmoniser et à contre-attaquer.

- Si uke n’est pas conscient ou attentif à cela, ET si l’instructeur voit la fonction d’uke comme le moyen de montrer sa propre compétence, uke n’ “absorbera” jamais les leçons et fondamentalement ne se conduira que comme un singe savant funambule.

Le résultat d’une telle pratique devrait être le développement d’un individu qui est athlétique, souple, et très réactif par rapport à des forces, de quelque angle qu’elles proviennent. De plus, un entraînement dur et un ukemi rigoureux développera également une résistance intrinsèque. Nulle part, dans le système de pratique décrit plus haut, on ne s’y entraîne, pourtant, à développer la puissance explosive qui envoie valdinguer un adversaire, telle qu’on la voit dans le 1935 Film of Ueshiba (film de 1935 montrant Ueshiba) au dojo du journal Asahi. Nulle part non plus, dans cet entraînement, il n’y a la puissance obstinée de Ueshiba capable de déraciner un arbre que Yukawa, l’homme le plus fort du Kobukan, n’avait pu faire bouger (tel que l’a décrit Shioda Gozo), ou restant enraciné au bord du tatami avec une masse de soldats essayant de le renverser, et absolument incapables de le déplacer (tel que l’a décrit Shirata Rinjiro).

Dans certains milieux on déclare que, bien que Ueshiba ait été l’un des pratiquants de Daito-Ryu les plus forts de Takeda Sokaku, peut-être même le plus fort, sous l’influence de ses pratiques religieuses, son Daito-Ryu a changé à un tel point qu’il est devenu quelque chose d’autre, un art martial édulcoré, l’aikido. Ueshiba aurait prétendument arrondi et amplifié les techniques précises et concentrées de Daito-Ryu, affaiblissant et diluant leur contenu martial.

Il est certainement juste de critiquer les waza des “aiki-bunnies”: des mouvements aériens fumeux imitant la nature, le flux des nuages dans le ciel, le vent dans les arbres, ou l’eau dans l’égout. On peut aussi critiquer ceux qui assimilent par coeur le petit recueil de techniques de l’aikido standard, comme si cet ensemble couvrait toutes les situations du combat. Il est également logique de critiquer, au moins pour leur naïveté, une tentative d’arriver directement à une sorte d‘“aikido divin”, au delà de la forme et de la technique. S’il y a un chemin vers le ciel, les bonnes intentions ne vous conduiront pas au bout à elles seules, en réalité vous devez suivre “la voie”. (En même temps, il faut se poser la question de savoir si la voie ne serait que la Route aux Pavés Jaunes, et qu’on ne fait qu’arriver à la Cité d’Emeraude, mais ceci est une autre histoire)*.

En dépit de ces types de critiques, je n’ai pas le souvenir d’une occasion où quelqu’un soit arrivé (du moins avec succès) à les élever à l’encontre de Ueshiba Morihei. Dans l’un des témoignages que j’ai lus dans Aikido Journal, le général Miura, un pratiquant de Daito-Ryu, défia Ueshiba, estimant qu’il avait trahi la Daito-Ryu avec ses “innovations”, mais il fut facilement défait et repartit converti. Il est très possible que Takeda Sokaku ait été un artiste martial plus “fort” que Ueshiba Morihei (Hisa Takuma semblait le penser), mais y a-t-il eu un des successeurs de Takeda pour l’égaler ? Je me souviens avoir lu une interview de Takeda Tokimune où il déclarait: “C’était l’élève préféré de Sokaku […] M. Ueshiba a beaucoup accompagné Sokaku. Il était plus important de voyager avec Sokaku que d’étudier avec lui durant le temps d’entraînement à proprement parler. Et en plus, il a enseigné en tant qu’assistant de Sokaku […] Il a pratiqué plus que quiconque. Il était très enthousiaste et mon père lui enseignait avec intensité.”

Ueshiba a-t-il simplement acquis toutes ses compétences de la Daito-Ryu, un art qu’il a enseigné sous une forme personnelle jusqu’aux années 1930, à partir desquelles il aurait progressivement substitué les techniques, proposant une Daito-Ryu Light pour l’édification spirituelle des masses? Bien qu’on recontre cette assertion fréquemment, je trouve cela déroutant à cause de l’immense respect que Ueshiba a reçu en tant qu’artiste martial, bien après ses altérations, et venant de gens qui n’étaient pas de son école. Pour donner simplement deux exemples, Aikido Journal a publié recemment une interview d’un célèbre instructeur de karaté (je crois qu’il s’appelait Konishi), qui disait de Ueshiba qu’il état le plus grand artiste martial qu’il ait jamais rencontré. Haga Jun’ichi, le tristement célèbre champion de kendo et iaido, parlait de Ueshiba comme du meilleur sabreur du Japon.

Je trouve cela aussi déroutant parce que lui seul, parmi les disciples de Takeda, est décrit comme non seulement un maître de l’aiki, mais aussi comme immensément puissant, et exerçant et manifestant cette puissance de manière fort différente de celle d’un haltérophile, et différente, aussi, de ce qui est décrit à propos des autres pratiquants de la Daito-Ryu. Ses compétences en aikijutsu et jujutsu sont presque sûrement basées sur la Daito-Ryu, mais il y avait, apparemment, plus que cela chez Ueshiba.

Si Ueshiba était si extraordinaire, pourtant, pourquoi y a-t-il eu un déclin progressif du niveau des pratiquants d’aikido au fil des deux dernières générations, des géants de l’époque d’avant-guerre, à l’éclat de l’immédiat après-guerre, jusqu’à la simple excellence des jeunes shihan actuels ? Aucun de ces jeunes shihan ne frappe de stupeur la grande communauté des arts martiaux. Est il donc vrai que l’aikido soit, en fin de compte, une pratique édulcorée? Ou l’aikido est-il potentiellement merveilleux, mais que Ueshiba était un enseignant tellement médiocre qu’il n’a simplement pas pu communiquer ce qu’il savait? Ou bien son aikido était-il reproductible et bien enseigné, mais que quasiment personne n’a vraiment prêté attention à ce qu’il enseignait vraiment? Pas le contenu ésotérique sur le Ciel, la Terre et l’Homme, je parle de l’art physique.

Partons de l’idée que Ueshiba ait véritablement élagué une importante partie du corpus de la Daito-Ryu, pas seulement ses waza et kata, mais aussi des éléments fondamentaux. En étoffant et en arrondissant ces techniques pour en faire l’aikido, les élèves qui lui ont succédé auraient perdu l’accès à des informations qui leur auraient permis de devenir des pratiquants de Daito-Ryu de premier plan. Mais plutôt que de supposer que cette dénaturation des waza était acceptable pour Ueshiba parce qu’il avait la tête tournée vers les dieux Shinto et les idées fumeuses, poursuivons nos suppositions en disant que cela aurait eu peu d’importance, parce qu’il y avait autre chose dans son enseignement qui, si l’on s’y appliquait, rendrait son art d’une puissance et d’une efficacité égales à celles des meilleurs de la Daito-Ryu.

Il y a des témoignages (de tristes constats, peut-être) de nombreux élèves de Ueshiba, selon lesquels il n’enseignait une technique qu’une seule fois.et que les élèves étaient laissées à eux-mêmes pour en tirer les leçons. Ce n’est cependant pas inhabituel. L’un de mes instructeurs de koryu m’a dit qu’il s’entraînait seul de son côté, des suburi, par exemple, et un des anciens l’appelait en braillant: “Hey gamin, regarde-moi ça”. Ils faisaient un kata une fois, et il était censé retrouver exactement ce qui était présenté. En plus d’une occasion, j’ai enseigné à mon élève un kata une ou deux minutes avant d’entrer en scène pour une embukai, et je m’attends à ce qu’il le fasse correctement. S’il connaît l’essence de la ryu, les détails sont faciles à assembler. Donc il est trop simpliste de déclarer que le vieil homme conservait le contenu pour lui-même uniquement parce qu’il était avare dans sa méthode d’enseignement.

Dans une récente conversation que j’ai eue avec Stanley Pranin, il a mentionné Suzuki Shingoro, l’un des amis de Ueshiba, à l’époque où il était jeune homme. Ueshiba retournait de temps en temps à Tanabe, où il retrouvait Suzuki et d’autres amis, tout au long de sa vie. Dans un bref compte-rendu d’un de ses propres voyages, Stanley montre que Ueshiba avait, et seulement dans ces situations peut-être, un rapport d’égal à égal avec des personnes, pas des artistes martiaux qu’il considérait comme des pairs ou avec d’autres chamanes et gourous, mais simplement entre amis. Ce récit, à lui seul, est fascinant, et j’espère qu’un jour Stanley étoffera ce bref témoignage de ces entretiens avec ces vieux amis.

Stanley m’a aussi raconté une autre information significative. Shingoro faisait environ 1m75, et plus de 100 kg. Il était champion local de sumo. Shingoro raconta plus tard que, quand Ueshiba est revenu après un entraînement considérable en Daito-Ryu, même alors, il ne pouvait se mesurer à la force de Suzuki. Mais peu après son séjour au quartier général de l’Omotokyo, il retourna de nouveau chez lui, et dans cet intervalle, Ueshiba était devenu incroyablement puissant. Suzuki déclara qu’il ne pouvait l’égaler.

La version romantique voudrait que Ueshiba aurait eu une sorte d’expérience magique, spirituelle, qui aurait éveillé des pouvoirs paranormaux enfouis, quelque chose comme une “énergie-dragon” qui reposait, lové et endormie, au bas de sa colonne vertébrale pour n’émerger qu’après que Ueshiba ait puisé dans cette source cosmique. Deux problèmes : premièrement, Ueshiba n’a parlé d’expérience d’éveil que bien des années plus tard, et il s’agissait de l’appréhension d’une unité cosmique, non de puissance: elle n’est venue qu’après qu’il eût acquis ses pouvoirs; deuxièmement, s’il ne suffisait que d’un éveil pour développer la capactité d’exercer une force paranormale, il aurait dû y avoir des moines Zen titanesques, des prêtres du Shugendo et des sorciers taoïstes lançant des rochers et des troncs d’arbres dans tout le Japon.

Il a été longtemps spéculé, principalement en Occident, mais aussi venant de Abe Seiseki, que Ueshiba devait avoir appris des méthodes secrètes d’entraînement au cours d’un de ses voyages en Chine. Comme je l’ai écrit auparavant: les dates ne correspondent vraiment pas. Il avait cette capacité et cette puissance incroyables avant son premier voyage en Chine, et un détail des dates où il se trouvait là-bas, avec qui il se trouvait, et le temps qu’il aurait pu avoir pour rencontrer, sans parler d’être initié à un véritable entraînement d’arts martiaux chinois, rend ceci douteux au plus haut point.

Aurait-il pu avoir appris ces méthodes d’entraînement (qigong, comme elles sont appelées en Chine) ailleurs ? C’est, en fait, très possible. La communauté Omotokyo au début du siècle ressemblait à une version japonaise de deux groupes similaires dans d’autres pays: celle de Gurdjieff en Europe dans les années 1920 et 1930, et celle de Sri Bhagwan Rajneesh en Inde et en Amérique. Dans ces trois cas, la secte était menée par un escroc de génie, excessif et sexuellement provocant, ayant à la fois d’authentiques acquis spirituels et de très graves faiblesses humaines, notamment une soif de pouvoir et un sentiment pompeux de mériter le plus grand luxe que ses suivants pouvaient lui offrir. Il est indéniable, cependant, que chacun d’entre eux était un génie charismatique et passionnant, qui attirait les âmes-soeurs à lui: des gens ayant une soif spirituelle ou matérielle, des gens sincères dans leur quète, et d’autres hommes et femmes ayant atteint des niveaux considérables par eux-mêmes. C’était une sorte de centre de New Age, avec ses fanatiques de la diététique, yogis, chamanes, philosophes et pratiquants de toutes sortes d’exercicies spirituels ésotériques.

Dans le cas de l’Omotokyo, les contacts avec la Chine étaient en fait très profonds. Deguchi incorpora la doctrine taoïste, la retravailla dans la terminologie et la mythologie Shinto, et la revendiqua comme sienne. Il eut des contacts avec des sectes néo-taoïstes similaires en Chine ainsi qu’au Tibet. Non seulement voyagea-t-il en Chine, mais la Chine, et le reste de l’Asie, vinrent à lui.

Je poursuis depuis des mois une correspondance avec un de mes amis, Mike Sigman. Nous avons principalement parlé de méthodes pour générer un puissance interne, pour ainsi dire, un domaine qui me fascine de plus en plus, un domaine où Mike a plusieurs années d’études d’avance sur moi. Il note plusieurs points concernant l’aikido : premièrement, dans les films des vieux maîtres, il les voit faire des techniques qui manifestent certains des mêmes principes que les arts martiaux “internes” chinois ; deuxièmement, les exercices de base tels que torifune-undo et furitama sont des pratiques de qigong classiques en Chine, et peuvent être utilisées pour élever la puissance : pas un développement musculaire classique, mais un développement du soi-disant qi. On devrait considérer celui ci comme un processus biomécanique de développement neuro-musculaire, pas la création de rayons cosmiques invisibles qu’on pourait projeter à volonté. (N’ayant aucune compétence ou connaissance directe dans ce domaine, je n’essaierai pas d’aller plus loin pour l’expliquer. Je reviendrai vous voir dans cinq ou dix ans si mes propres études y portent des fruits).

Ce que je suggère, c’est que Ueshiba, déja un homme très compétent et sérieux, l’un des tout meilleurs élèves de Daito-Ryu de Takeda Sokaku, est allé rencontrer Deguchi et est devenu son artiste martial de compagnie. Je crois qu’il a rencontré d’autres personnes, peut-être des Chinois, ou des mystiques japonais ayant voyagé en Chine, au Tibet ou en Inde, et que là il a appris des exercices de qigong de base destinés à augmenter la puissance. De plus, parce qu’il avait appris ces méthodes d’entraînement dans le contexte de la religion à laquelle il s’était converti avec passion, il les traitait comme des pratiques spirituelles, qu’il considérait comme de précieuses informations, pas comme une simple mécanique physique.

J’ai fait une recherche rapide sur le site d’Aikido Journal, et aussi sur d’autres sites sur le web, et j’ai vu environ huit exercices différents répertoriés. Je peux vous renvoyer aux deux suivants pour avoir l’enseignement de Abe Seiseki dans ce domaine (www.page.sannet.ne.jp/shun-q/INTERVIEW-E.html et http://www.doshinokai.com/article4.htm), ainsi qu’à The Essence of Aikido (L’essence de l’aikido), de John Stevens. Abe suggère un entraînement de plusieurs heures par jour. Pour soutenir cette opinion, je me rappelle une interview avec un des premiers élèves de Ueshiba (malheureusement je ne peux pas me souvenir de la citation) où lui, jeune homme, avait demandé à Ueshiba le secret de sa puissance physique et martiale. Il a répondu que c’était chinkon-kishin et misogi. Ceci, mesdames et messieurs, est ce qui s’appelle “être pris la main dans le sac”: une explication claire au lieu d’une envolée mystique.

Il y a différents types de secrets (Gokui) dans les arts martiaux japonais. Les plus basiques sont des astuces, ou des techniques spéciales pour défaire d’autres personnes au combat. D’autres sont présentés au bout du chemin: des pratiques telles que mikkyo, qui peuvent être utilisées pour intégrer l’expérience du fondateur de la ryu, ou acquérir un pouvoir ou un savoir particulier. Il y a enfin un autre type de Gokui: “caché en plein jour”. L’instructeur le fait à chaque cours, et personne n’y prête attention, attendant la fin de l‘“echauffement” ou des “exercices de base” pour passer aux choses sérieuses. “Trouver par soi-même”, disait le vieil homme. Est-il possible qu’il ne voulait pas dire de partir au loin, vers d’autres arts ou lieux, ou en passer pas d’autres professeurs ésotériques, qu’il s’agisse de Zen, de yoga, de t’ai chi ou du shin shin toitsu de Tempu Nakamura? Peut-être que la seule chose qu’il voulait dire, c’était d’être attentif à ce qu’il faisait en cours. **

Je vous propose donc quelques pistes de recherche :

- Certains de mes lecteurs ont peut-être des contacts avec l’Omotokyo. Posez des questions! Certains des élèves d’aikido de Ueshiba dans la communauté de l’Omotokyu sont encore vivants. Âgés, mais vivants. Demandez-leur si l’un d’entre eux se souvient d’autres professeurs, faisant une sorte de pratique en solo, ou si Ueshiba, dans ces années où il était plus jeune et accessible, avait donné des instructions détaillées sur le développement du ki et du la puissance. Si c’est le cas, qu’enseignait-il exactement? Quelle organisation physique? Quelles méthodes et instructions respiratoires? NOTE: Les détails sur les méthodes de respiration sont de la plus haute importance ! Cette technologie existe-t-elle , en fait, à l’intérieur du monde de l’aikido encore vivant?

- Certains de mes lecteurs étudient peut-être avec les plus anciens des élèves encore vivants de Ueshiba. Abe Seiseki, déja cité plus haut, semble avoir du mal à enseigner ce contenu. Qu’en est-il de Sudanomari Kanshu? Y en a-t-il d’autres encore vivants? Posez des questions! Je peux affirmer par expérience directe que les professeurs ne sont pas aussi cachottiers qu’on le dit. Ils attendent simplement que quelqu’un montre de l’intérêt. Ueshiba insistait-il sur la pratique debout, ou les autres soi-disant “aiki-taiso”, comme plus que de simples echauffements, mais plutôt comme une étude à long terme d’un développement de puissance ? Posez des question. Il ne reste plus beaucoup d’années, après lesquelles il n’y aura plus aucune chance de demander à nouveau.

- Tentez une expérience. Pratiquez ces exercices pendant une heure ou plus par jour. Il y a un problème, cependant. Ces exercices devront être coordonnés avec la respiration et une subtile organisation neuro-musculaire. Si vous ne les avez pas, procurez-vous les DVD de Ueshiba où on le voit faire ces exercices. Regardez les encore et encore, pour déterminer ses façons de respirer. Que fait son abdomen? Sa bouche? Son cou et sa gorge?

Ce serait merveilleux si des personnes vraiment instruites dans ces procédures étaient encore vivantes. Je suis sûr que chacun a une pièce du puzzle, plutôt qu’un système complet clairement balisé.

Ceci, je crois, est le chaînon manquant dans la création de l’aikido de Ueshiba. Oui, l’aikido est intéressant, en dehors de cela. Il propose une réconciliation avec ses ennemis, l’art martial de l’amour, un excellent exercice, des tenues cool, des amis merveilleux, et aussi quelques techniques d’auto-défense. Mais est-il incroyable ? C’est ce qui m’a attiré vers lui la première fois : le kung fu que j’étudiais à l’époque était très cool aussi, (même sans le truc de “l’art martial de l’amour”). Mais l’aikido m’a d’abord attiré à cause de son potentiel apparent vers quelque chose d’extraordinaire. Et malgré tout le respect que j’ai, les techniques en elle-mêmes ne sont pas extraordinaires : on peut trouver des méthodes similaires dans une foule d’arts martiaux.

Parmi les raisons qui rendent la Daito-Ryu de plus en plus populaire, on trouve la variété et le perfectionnement plus importants du répertoire technique, ainsi que l’entraînement sophistiqué dans les techniques d’aiki. Mais je vais me répéter: peut-être que ce n’a pas simplement été une dilution, une limitation et une spiritualisation de la technique, qui ont fait de l’aikido ce qu’il était dans les mains de Ueshiba. Peut-être que le chaînon manquant, le développement de la puissance sous une forme très différente de celle de la Daito-Ryu, est ce que Ueshiba a ajouté, rendant les éléments de Daito-Ryu élagués sans objet pour son aikido. Peut-être était-il plus explicite auprès de ses premiers élèves, dans son enseignement sur la respiration et les méthodes individuelles de développement de la puissance, ou peut-être avaient-ils plus faim et ont prêté plus d’attention à tout ce que cet homme faisait, qu’ils le comprennent ou non, et que c’est la raison pour laquelle des hommes tels que Shioda, Inoue, Shirata et Tomiki, pour n’en citer que quelques uns, étaient eux-mêmes des géants.

Dans une fameuse interview, on demanda à Ueshiba : “Avez-vous découvert l’aikido alors que vous appreniez le Daito-Ryu avec Sokaku Takeda ?” Il a répondu: “Non, il serait plus exact de dire que Takeda Sensei m’a ouvert les yeux sur le budo”. Beaucoup ont lu ceci et l’ont considéré pour une pique envers Takeda, que Ueshiba avait une très haute idée de son propre rôle, et était ingrat envers son professeur. D’autres ont choisi d’interpréter ceci comme Ueshiba disant que Takeda lui avait appris ce qu’il ne fallait PAS être. Il est aussi possible que Ueshiba soit à la fois exact et respectuux. Plutôt qu’une pique dédaigneuse, il s’agit peut-être d’une déclaration claire, marquant la limite où s’était arrêtée l’influence de Takeda.

L’aikido était vraiment quelque chose d’autre, et l’influence de l’Omotokyo n’était pas un simple assaisonnement spirituel, c’était l’entraînement yin/interne qui complétait ce que Ueshiba avait pris de la Daito-Ryu. Si j’ai raison, l’aikido a encore le potentiel d’être une recherche complète et extraordainaire. Mais sans l’entraînement que Ueshiba lui-même a désigné comme le secret de sa puissance, tout ce qui nous reste, c’est l’équivalent d’un de ces tracés à la craie sur les lieux d’un crime. La position est juste, et tous les membres sont à la bonne place. Tout ce qui nous manque, c’est le corps.

*Référence humoristique au film Le Magicien d’Oz. (NdT)

**D’ailleurs, je ne crois pas, d’après les déclarations de Tohei Koichi, qu’il ait reçu tout ce que le vieil homme offrait, mais dans son concept de relaxation, qu’il a accompagné d’autres recherches supplémentaires, il doit en avoir acquis une grande part, et le retravailla à sa façon. Tohei, bien qu’il dise s’être désintéressé des aspects mystiques, était très attentif, et c’est pour cela que, jeune homme, il trouva tellement grâce aux yeux de Ueshiba, quelles qu’aient été les divergences de personnalités entre ces deux hommes.

Auteur de: Dueling with Osensei et Old School (Traditions Martiales), et le nouveau DVD d’étude:Ukemi from the Ground Up.

www.edgework.info

(note du rédacteur : cet article a été publié d’abord sous forme de blog)