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Dang Thong Phong

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par Stanley Pranin

Aikido Journal #101 (1994)

Traduction française: Ludwig Neveu

Je tiens à vous remercier chaleureusement pour m’avoir invité à venir aujourd’hui. En lisant le bulletin d’information que vous m’avez envoyé, et qui décrivait vos débuts en aïkido, je suis devenu très curieux d’en savoir plus sur votre parcours. Pour commencer, je voudrais vous demander : comment en êtes vous arrivé à établir ce dojo ici dans le comté d’Orange ?

On dirait que c’était mon karma. Après plus de quarante ans à apprendre, pratiquer, et enseigner divers arts martiaux, leur esprit a pénétré mon sang et mes os. Après tant d’années, c’est comme si j’étais sous la dépendance de ces arts. Durant les trente dernières années, j’ai essayé d’implanter des dojos partout dès que j’en avais la possibilité. Quatre mois après nous être installés de nouveau en Californie, nous avons déménagé dans la ville de Garden Grove, dans le comté d’Orange, et quand j’ai constaté qu’il n’y avait pas de dojo d’aïkido, j’ai décidé d’en ouvrir un.

Où viviez-vous au Viêt-nam ?

Saigon

Je crois que vous avez commencé à vous entraîner à l’aïkido très tôt, peut-être vers la fin des années 1950… ?

J’ai commencé à m’entraîner au judo et au kung-fu shaolin au début des années cinquante. Cependant, en 1958, mon frère Tri Thong Dang Sensei est revenu au Viêt-nam en provenance de France, et a commencé à enseigner l’aïkido. Depuis lors je pratique cet art merveilleux. Mais à cette époque, je n’étais pas capable de me consacrer complètement à l’aïkido du fait de mes responsabilité familiales. Mon père est décédé quand j’étais très jeune. Ma mère a dû travailler dur pour élever les trois enfants qui restaient à la maison. Donc, à côté de l’école, je devais passer mon temps libre à travailler pour aider ma mère. J’ai également été assistant à l’enseignement du kung-fu shaolin et du judo à l’Ecole d’Arts Martiaux Han Bai Duong, l’une des plus célèbres écoles d’arts martiaux de Saigon, fondée par le défunt Dr. Nguyen Anh Tai. L’Instructeur en Chef était mon propre professeur, Vu Ba Oai Sensei.

Je n’ai pas pu passer plus de temps à pratiquer l’aïkido avant 1961 ou 1962, quand un représentant du Hombu Dojo, Mutsuru Nakazono Sensei, est venu au Viêt-nam pour commencer à poser les fondations de cet art là-bas. A cause de mes dix ans d’entraînement au judo, j’ai été capable d’absorber l’essence de l’aïkido sans grande difficulté, et j’ai progressé rapidement. Nakazono Sensei enseignait à la fois l’aïkido et le judo à l’Association pour le Judo et l’Aïkido, fondée par Tri Thong Dang. Comme j’avais souvent la possibilité d’accompagner Nakazono Sensei à ses nombreux stages dans des centres d’entraînements pour les troupes parachutistes et les policiers, j’ai pu apprendre beaucoup de ses techniques spéciales.

Nakazono Sensei est une personne très intéressante. Je l’ai rencontré une fois à Paris en 1970. Je crois qu’il avait une solide formation de judo et qu’il a commencé à apprendre l’aïkido en Mandchourie.

Il est vrai qu’il était très bon à la fois en judo et en aïkido, mais il détenait également des grades élevés dans d’autres arts martiaux, dont le kendo. Il avait un total de vingt-sept dans.

Quand Nakazono Sensei a-t-il étudié l’aïkido ?

Je n’en ai pas le certitude, mais mon frère le sait probablement.

Combien de temps Nakazono Sensei est-il resté au Viêt-nam ?

Environ deux ans.

Je crois que votre frère a quitté le Viêt-nam dans les années 1960 ?

Oui, il est parti en 1964.

Vous êtes donc devenu responsable du dojo quand votre frère est parti pour l’Amérique ?

Quand Tri Thong Dang Sensei est parti en 1964, j’ai reçu la responsabilité de m’occuper de l’école d’aïkido et de judo locale. A cette époque il n’y avait pas de fédération. Plus tard, j’ai commencé à monter un certain nombre de dojos, civils et militaires, à travers le pays. Comme j’espérais former une fédération d’aïkido, j’ai travaillé très dur pendant deux ans à économiser assez d’argent pour faire un voyage au Hombu Dojo afin de perfectionner mon entraînement d’aïkido. Là-bas j’ai passé mon examen du sandan, un grade assez élevé pour que je puisse diriger la nouvelle fédération. Je suis alors revenu au Viêt-nam et j’ai commencé le processus administratif pour mettre en place la fédération d’aïkido au début de 1968.

Ceux qui pratiquent l’aïkido aux Etats-Unis ou même au Japon sont habitués à un modèle de base pour l’entraînement, comportant les échauffements, les techniques de base, et ainsi de suite. Y avait-il des différences dans la façon dont l’aïkido était enseigné au Viêt-nam ou était-ce plus ou moins comme il est enseigné dans les dojos à travers le monde ?

En raison de mon important passé de judoka, je mets fortement l’accent sur les échauffements, dont l’aïki taiso, le travail des articulations, et la pratique des techniques de roulade et de chute. Ils sont très importants. Traditionnellement mes cours ont toujours duré une heure et demie, avec environ trente minutes de ce temps consacré à l’échauffement.

C’est très important. J’ai le sentiment personnel que l’entraînement que l’on fait en mettant simplement le corps en condition et en le gardant souple est aussi important que l’entraînement aux techniques.

C’est vrai. Une personne qui fait un bon travail d’échauffement obtiendra aussi de bons résultats pendant le reste de son entraînement également.

Je fais de l’aïkido depuis trente-et-un ans. Des enseignants qui avaient la quarantaine quand j’ai commencé sont aujourd’hui septuagénaires, et j’ai observé que si certains ont conservé une très bonne condition physique, ce n’est pas le cas de certains autres. Ils enseignaient, mais s’entraînaient rarement eux-mêmes, et je ne pense pas qu’ils faisaient les exercices d’étirements. Maintenant qu’ils sont plus vieux, il leur est difficile de pratiquer l’aïkido avec vigueur.

Votre observation est très juste. Un entraînement quotidien est nécessaire. Quand on enseigne une technique, un bon enseignant doit démontrer non seulement les détails du mouvement et leur essence, mais aussi la puissance intrinsèque de ces techniques. Pratiquer tous les jours aide à développer et conserver le ki, je pense, jusqu’à un âge très avancé.

Quand vous dirigiez le dojo au Viêt-nam, j’imagine que les conditions politiques étaient très dures. Le gouvernement a-t-il posé des restrictions à la pratique de l’aïkido à cette époque ?

Au Viêt-nam, la plupart des styles ont une forte implantation parce que les Vietnamiens aiment les arts martiaux. Quiconque veut faire fonctionner un dojo doit d’abord prouver qu’il est compétent dans sa spécialité. Après examen par le Ministère de la Jeunesse et des Sports, une candidature est envoyée au Ministère de l’Intérieur où une enquête est menée sur le profil politique et civique du candidat. Quiconque a été condamné par le passé se verra refuser la permission d’enseigner.

En 1975, après le prise du pouvoir des communistes au Sud, toutes les formes de pratique des arts martiaux ont été interdites. Le gouvernement communiste n’a permis la reprise des activités d’arts martiaux qu’en 1979. Tous les styles d’arts martiaux sont sous la direction, au niveau administratif le plus bas, de l’Agence d’Etat pour les Sports et Jeux. Actuellement, les dojos privés ne sont pas autorisés. Je crois, cependant, que dans un avenir proche, le gouvernement sera plus tolérant envers l’ouverture de dojos privés.

On dirait qu’il y a un très riche environnement pour les arts martiaux au Viêt-nam, notamment pour les styles chinois et japonais, ainsi que pour les styles autochtones. Je sais que même aujourd’hui en Asie du Sud-est persiste un fort ressentiment envers les Japonais à cause de ce qui s’est produit pendant la Seconde Guerre Mondiale. Ce ressentiment existe-t-il toujours, et avez-vous rencontré des sentiments de résistance pour ce qui est japonais parmi vos étudiants ?

Il n’y a pas vraiment eu tant de ressentiment envers les Japonais, ou contre les arts martiaux japonais en particulier, ni sous l’ancien gouvernement du Sud Viêt-nam ni sous l’actuel gouvernement. En fait, les arts martiaux japonais étaient préférés aux arts martiaux coréens. Beaucoup des styles d’arts martiaux japonais étaient populaires parmi les Vietnamiens.

Quelle en était la raison ?

C’était dû à un afflux de films japonais dépeignant le haut niveau de nationalisme japonais. C’était la raison de cette préférence. Un élève obéissait à son professeur d’arts martiaux peut-être plus qu’à son instituteur. Si son professeur d’arts martiaux lui donnait l’ordre de mourir, alors il allait mourir. Au contraire, les films coréens étaient rarement montrés au Viêt-nam et peu de gens avaient connaissance de l’esprit patriotique coréen, qui n’a rien à envier à celui des Japonais.

Aviez-vous une sorte de lien avec le Japon quand vous avez été autorisé à reprendre l’enseignement dans les années 1980 ? Un shihan japonais vous a-t-il rendu visite, ou certains de vos élèves ont-ils eu la possibilité de voyager ?

A cette époque il était interdit aux citoyens ordinaires de contacter des étrangers, je ne pouvais donc contacter aucun enseignant au Japon. Ce n’est qu’après avoir réussi à m’échapper en Amérique, à ma dix-huitième tentative, qu’il me fut possible de contacter ces gens à nouveau.

Je déduis en lisant l’interview sur votre bulletin que vous avez connu des expériences mémorables et dangereuses. De plus, vous avez appris d’autres arts martiaux que l’aïkido et le judo, dont des arts plus orientés vers le combat. Dans des situations où votre vie a été en danger, quelles techniques ou quel entraînement avez-vous trouvé les plus importants pour vous permettre de survivre ?

Depuis 1975 j’ai été confronté à de nombreuses situations dangereuses, mais ce qui m’a aidé le plus a été ma capacité de garder mon calme. C’est ce qui m’a permis de sortir de beaucoup de situations dangereuses.

C’est très intéressant. Les gens qui commencent à apprendre un art martial, en particulier les jeunes, sont souvent intéressés par le fait d’acquérir très rapidement des techniques qu’ils peuvent utiliser dans la rue.

Je pratique les arts martiaux depuis environ quarante-trois ans au total, mais je n’ai jamais eu à appliquer des techniques sur qui que ce soit. Dans la plupart des cas, quand des gens ont cherché à se battre avec moi, j’ai répondu avec calme pour éviter une situation embarrassante.

C’est incroyable à entendre, en particulier à la lumière de votre expérience du temps de guerre. Je pense que c’est à mettre au crédit à la fois de votre propre entraînement et de la capacité des arts martiaux de développer un sentiment de calme chez une personne.

En 1967, la Fédération Internationale de Taekwondo m’a invité en Corée du Sud afin de visiter et d’en savoir plus sur l’organisation de la Fédération. A l’issue de ma visite de quinze jours, j’ai exprimé mon désir de visiter le Japon et Hongkong. Certains instructeurs coréens ont essayé de me dissuader de voyager à Hongkong, en disant que l’endroit n’était pas sûr, principalement pour moi, un étranger, et une cible facile pour les voleurs. Mais j’ai décidé de faire le voyage, pas par goût du risque, mais parce que j’avais vraiment confiance dans ma capacité de garder mon calme et le contrôle de moi-même.

Récemment j’ai eu l’occasion d’interviewer un enseignant de karaté d’Okinawa. Il n’est pas particulièrement célèbre mais il est néanmoins tenu en haute estime. Il décrivait ce que c’était de grandir à Okinawa au milieu des dangers. Son frère était un pratiquant accompli de karaté Goju-ryu à qui on faisait souvent appel pour régler les querelles ou les bagarres. Je lui ai demandé quelles techniques ou quelles approches son frère utilisait pour règles ces querelles. Il a répondu que son frère était si fort et si habile qu’il lui suffisait de venir, tout le monde se calmait, et le combat cessait…

Je sais qu’il vous a été très difficile de quitter le Viêt-nam sous le gouvernement actuel et que vous avez fait de nombreuses tentatives pour vous échapper. Pouvez-vous évoquer le récit de votre fuite réussie, quand vous avez enfin pu quitter le Viêt-nam pour les Etats-Unis ?

Quinze de mes dix-huit tentatives d’évasion furent par la mer, alors que les trois autres furent par la terre. Pendant cinq de ces tentatives j’ai été pourchassé par les patrouilles communistes ou les policiers. J’ai été arrêté deux fois et emprisonné, pendant huit mois la première fois et trente-sept mois la seconde fois. Pendant ces trente-sept mois j’ai été alternativement détenu en prison puis emmené aux champs pour faire des travaux pénibles, un cycle qui s’est répété encore et encore.

Avant ma dix-huitième tentative, un de mes élèves, qui avait réussi à quitter le Viêt-nam, avait écrit à sa mère que le voyage avait été très bien orchestré. Sa mère m’a contacté et m’a dit d’utiliser une méthode similaire.

Je ne voulais pas partir alors, parce qu’à ma dernière arrestation ma famille n’avait pas eu de nouvelles de moi pendant plus d’un an. J’étais donc très réticent. A cette époque les gens commençaient à pouvoir partir légalement, donc j’espérais m’en aller de la façon légale. Cependant, cela m’était impossible à cause de mes précédentes évasions de prison.

Grâce à mon statut d’officier des Forces Armées du Sud-Viêtnam enseignant l’aïkido à des membres du personnel de l’Ambassade Américaine, j’avais pu faire évacuer ma famille par l’ambassade à la toute dernière minute. Par contre, j’avais dû attendre un autre vol d’évacuation qui ne s’est jamais concrétisé, et j’ai été forcé de rester derrière.

Mon évasion se fit par la mer. Nous avons passé environ deux mois à voyager d’une île à l’autre, en traversant cinq en tout, avant d’arriver sur l’île de Galang en Indonésie, où était situé un des camps du Haut Commissariat des Nations Unies aux Réfugiés. Enfin, je suis arrivé à l’aéroport international de San Francisco le février 1986, et j’ai été accueilli par ma femme et mes deux fils, après plus de onze ans de séparation.

Nous nous sommes d’abord installés à Sacramento, mais il m’était difficile d’y trouver un travail. Je suis resté là-bas quatre mois, puis je fus invité à visiter le comté d’Orange par un de mes anciens élèves. Je suis descendu voir l’endroit, et j’ai décidé de retourner à San Francisco pour chercher ma famille. Après mon déménagement dans le comté d’Orange, je n’avais pas assez d’argent pour ouvrir un dojo tout de suite, j’ai donc pris un emploi à cinq dollars de l’heure, de dix à douze heures par jour. J’ai continué pendant un an et demi, puis j’ai emprunté de l’argent pour ouvrir le dojo. Après un mois et demi dans ce premier dojo qui se trouvait sur Brookhurst Way, à Garden Grove, le propriétaire a repris l’emplacement pour le raser et vendre le terrain, j’ai donc tout perdu. J’ai immédiatement commencé à chercher un autre endroit, et deux mois plus tard, j’ai signé un crédit sur cinq ans pour mon dojo actuel, qui fait 270 mètres carrés.

Au départ, j’ai rencontré de nombreux problèmes financiers à cause de la nouveauté du dojo et du fait que personne ne le connaissait. Finalement le nombre d’élèves a augmenté au point de me permettre de couvrir les dépenses.

Je suis allé dans des centaines de dojos au fil des ans et je peux toujours déterminer quand quelqu’un a un bon sens du professionnalisme. Par exemple, je vois la propreté de ce dojo et la décoration. Je sais que vous êtes très sincère dans votre enseignement et je pense aussi que vous avez une très bonne compréhension de la façon de présenter votre art au public de manière attractive.

Merci beaucoup.

Vous n’avez pas une très grande expérience de la culture américaine ou des affaires ici, mais cela me fait penser que l’un des principes les plus importants de la direction d’un dojo est le bon sens, et qu’il fonctionne partout.

J’ai eu une longue expérience de l’organisation et de l’enseignement au cours des trente dernières années. Avant 1975, j’étais à la tête d’une fédération au Sud-Viêtnam composée de plus de trente dojos et de dix mille membres. J’étais aussi secrétaire général à la fois de la fédération de judo et de celle de taekwondo. J’ai commencé à enseigner il y a plus de trente ans. J’ai appris par expérience que l’on doit faire des sacrifices au présent, au début, si l’on veut atteindre un objectif plus tard, dans le futur. J’ai découvert qu’en Amérique, la compétence n’est pas suffisante, le savoir et l’expérience des organisations sont parfois plus importants pour atteindre le succès.

Actuellement, en plus de mes responsabilités d’enseignant et la gestion des affaires courantes de notre fédération, je me prépare à écrire un livre, et si possible à produire une cassette vidéo de techniques d’aïkido pour ceux qui veulent en savoir plus sur l’aïkido Tenshinkaï. Ce sera mon cadeau aux générations futures.

Si un Américain regarde dans l’annuaire, par exemple, et trouve un Américain qui enseigne un art martial, je ne pense pas qu’il aurait un problème à s’entraîner avec ce professeur. Mais un Américain aux Etats-Unis pourrait trouver inhabituel d’apprendre un art martial japonais d’un professeur vietnamien. Avez-vous déjà eu affaire à ce genre de situation, et si oui comment avez-vous réagi ?

Ce que vous dites est très vrai. Un Américain qui vient dans ce dojo pour apprendre un art martial japonais auprès d’un Vietnamien, qui plus est un Vietnamien très petit, doit avoir quelques doutes. Cependant, beaucoup de gens qui ont visité un certain nombre d’autres dojos avant de venir ici aiment la façon dont j’enseigne l’aïkido parce que mon style est beaucoup plus doux que d’autres, avec beaucoup de mouvements légers.

Je crois que de nombreux membres de votre dojo sont originaires de la communauté vietnamienne ici au comté d’Orange. Quelle langue utilisez-vous quand vous enseignez ?

Pour les séances habituelles je parle en vietnamien, sauf quand je parle à une personne en particulier, et là je parle l’anglais. Quelquefois un interprète est nécessaire pour clarifier un point compliqué Actuellement environ soixante-dix pour cent de mes élèves adultes sont américains ou occidentaux, alors que Quatre-vingt-dix pour cent des élèves des cours pour enfants sont vietnamiens.

J’ai remarqué en lisant votre bulletin d’information et les entretiens avec Eric Womack, en venant ici, que vous avez fait des efforts pour vous ouvrir et créer des échanges avec des enseignants d’autres dojos, par exemple Kim Peuser et Hoa Newen de l’Institut d’Aïkido d’Oakland, ainsi qu’avec Frank McGourik. Je pense que de tels échanges sont très positifs en ce sens qu’ils aident votre dojo et vos activités à se faire connaître, et ils exposent également vos élèves à d’autres approches de l’art.

J’aimerais que mes élèves élargissent leur expérience en ayant la possibilité de s’entraîner avec d’autres enseignants.

Etant donnée la culture très violente dans laquelle nous vivons, j’imagine que de nombreux élèves d’aïkido potentiels sont intéressés pour apprendre à se défendre. Les techniques d’aïkido, ou disons certaines des approches les plus douces de l’aïkido, sont souvent critiquées par d’autres artistes martiaux pour leur inefficacité en situations réelles. Comment réagissez-vous aux doutes que des élèves potentiels peuvent avoir concernant l’efficacité technique de l’aïkido ?

Quand les films de Steven Seagal sont sortis nous avons eu beaucoup de nouveaux élèves, mais nombre d’entre eux ont fini par abandonner parce qu’ils s’attendaient à pouvoir réussir aussi bien que Steven Seagal après seulement quelques mois d’entraînement. J’insiste souvent auprès des débutants sur le fait qu’il est irréaliste de s’attendre à pouvoir appliquer des techniques d’aïkido efficacement après seulement une courte période d’entraînement. Ce n’est qu’après au moins deux ans d’efforts qu’on peut apprécier l’efficacité et la beauté de cet art. Et ce n’est que le début, la voie de l’aïkido est si longue que l’on doit parfois passer une vie entière à la parcourir. Plus on pratique, plus on découvre ses beauté cachées. C’est parce que l’aïkido est plus qu’un système de défense ; c’est aussi un art qui stimule l’aspect humaniste des arts martiaux.

L’aïkido, vu par O Sensei, est un art martial très spirituel et les idéaux de l’aïkido mettent fortement l’accent sur l’éthique, apprendre à s’entendre avec les autres, éviter le combat le plus possible, etc…

Quand j’enseigne, j’insiste sur le fait de ne pas créer de situation dangereuse et de ne pas blesser son adversaire ou les autres élèves. Je ne veux nommer personne ou aucune école, mais il y a certains enseignants d’arts martiaux qui veulent se rendre intéressants en frappant leurs élèves très dur, parfois en les blessant. Je n’approuve pas ce genre de choses.

J’ai abordé ce sujet de nombreuses fois au cours des années dans Aïki News / Aïkido Journal, mais malgré la philosophie de O Sensei, même parmi les professeurs d’aïkido, il y a un certain nombre d’individus haut gradés qui blessent régulièrement des gens pendant l’entraînement d’aïkido. Ce genre de chose me dérange parce que ce n’est pas un événement isolé, et ce n’est pas le fait de gens étrangers à la pratique, mais celui de certains professeurs de haut rang.

Oui, je suis d’accord.

Il semble que le chemin est très étroit entre apprendre un art martial qui soit efficace et être capable de l’appliquer avec humanité, en exerçant un contrôle total à tout moment. Sensei, en conclusion, y a-t-il un sujet dont vous voudriez parler ou sur lequel vous voudriez insister ?

En tant qu’exilé vietnamien, mon esprit est toujours tourné vers le Viêt-nam et mon but est d’y revenir un jour pour enseigner aux autres élèves. Certains d’entre eux n’ont rien appris de nouveau au cours des dix-huit dernières années, et ils m’attendent. C’est mon rêve le plus cher. Mes élèves font actuellement fonctionner tous les dojos du Viêt-nam, et ils attendent mon retour avec impatience. Le système d’aïkido au Viêt-nam appartient à la Fédération d’Aïkido Tenshinkaï, et quand je reviendrai je distribuerai des diplômes sous l’égide de la Fédération d’Aïkido Tenshinkaï.

Avez-vous des projets de voyage au Japon dans l’avenir ?

Si j’en ai l’occasion j’aimerais retourner au Japon pour en apprendre plus et élargir mon expérience, afin d’être un meilleur enseignant.

Bien que je sois toujours confronté à des difficultés financières la plupart de temps, je mets toujours l’accent sur la technique et je ne donne pas de diplômes ou de grades à ceux qui n’ont pas atteint un certain niveau.

Enfin, je voudrais vous exprimer ma sincère gratitude pour avoir accepté mon invitation à venir nous visiter, malgré les longues distances. Au nom de la Fédération d’Aïkido Tenshinkaï, je vous adresse tous mes voeux de santé et de succès dans la poursuite de votre publication d’un des magazines d’arts martiaux les plus professionnels du monde actuellement.

Dang Thong Phong

Né le 10 février 1935 dans la province de Thua Thien, au centre du Viêt-nam. Après être sorti diplômé du lycée, il fut enrôlé à l’Ecole de Formation Militaire de Thu Duc. A occupé le poste de directeur de l’Association d’Arts Martiaux et de Gymnastique de l’Ecole Militaire de Thu Duc des Forces Armées de la République du Viêt-nam. En 1968, a fondé la Fédération d’Aïkido Tenshinkaï, et en occupe le poste de président. A une longue expérience du Kung Fu Shaolin Han Bai Duong, est 5ème dan d’Aïkido, 6ème dan de Taekwondo, et 5ème dan de Judo. Installé en Californie en 1986, où il anime actuellement son Dojo Tenshinkaï.